Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Haus zum Kischgarten se Bâle montre la fantaisiste faïence de Strasbourg

Au XVIIIe siècle, la famille des Hannong a imaginé des pièces en forme de hure de sanglier ou de quartier d'artichaut. Bâle en possède une superbe collection inédite.

La tête de sanglier.

Crédits: Historisches Museum, Bâle 2020.

Il y a des choux. Des olives noires. Des quartiers d’artichaut. Des hures de sanglier. Je ne sais quoi d’autre encore sur le plan alimentaire. La faïence de Strasbourg se révélait d’une fantaisie sans limites au XVIIIe siècle. Elle adorait ainsi les trompe-l’œil. On dirait presque du Jeff Koons. Ces pièces de parade semblaient moins destinées à une utilisation domestique qu’à faire bien dans le paysage, posées sur un dressoir. D’où leur état de conservation souvent étonnant. Les spécimens présentés par l’Historisches Museum de Bâle sur son site du Haus zum Kirschgarten se révèlent vraiment à l’état de neuf.

Tout est en faïence sur l'assiette! Photo Historisches Museum, Bâle 2020.

Riche et varié, l’Historisches Museum occupe en effet trois sites, dont le plus connu reste l’église gothique connue sous le nom de Barfüsserkirche. C’est là où se trouvent le trésor de la cathédrale ou les tapisserie tissées au Moyen Age dans la région. L’institution a aussi annexé la somptueuse demeure édifiée par les Burckhardt, des soyeux, entre 1775 et 1780. Un bâtiment néo-classique en pierres rouges, comme celles de la cathédrale. Il y a là deux étages (assez sinistres) avec des «period rooms». Plus un rez-de-chaussée à l’aménagement moderne, servant de lieu d’exposition. J’ai vu là des porcelaines de Meissen, dont Bâle possède un bel ensemble. Aujourd’hui, a faïence a pris le relais, avec des pièces souvent de grandes dimensions, pour "Sanglier et salade".

Un pied en Allemagne

Peut-être devrais-je maintenant glisser un mot sur la faïence de Strasbourg, dont la qualité technique se révélait sans rivale en Europe au Siècle des Lumières. Elle est le produit d’une seule famille, les Hannong, sur trois générations. Ces industriels d’origine hollandaise vont non seulement créer une poterie très fine, mais lui accorder des décors dignes de la porcelaine. «L’or blanc» du XVIIIe était d'ailleurs le but ultime des Hannong. Mais il n’ont pas pas pu l’atteindre sur place en raison des exclusivités royales accordées à Sèvres et aux fabriques parisiennes protégées par des princes. Les Hannong installeront donc leurs ateliers de porcelaine dure à Frankenthal, en Allemagne. Du côté de l’Alsace, à Strasbourg et à Haguenau, ils se contenteront de faïence certes, mais recherchée par les familles les plus huppées. La chose durera jusqu’en 1781 sous les règnes successifs de Charles-François, de Paul et de Joseph. Tout finira hélas par une faillite. Trop de dettes…

L’ensemble proposé par Bâle est bien exposé, bien documenté et bien éclairé. Il s’agit souvent d’acquisitions ou de dons récents. Une preuve que les collections continuent de croître. Et ceci même dans le domaine, aujourd’hui trop délaissé, des arts dits «décoratifs»!

Pratique

"Sanglier et salade", Historisches Museum, Haus zum Kirschgarten, 27, Elisabethenstrasse, jusqu’au 31 décembre. Tél. 061 205 86 00, site www.museenbasel.ch Du mercredi au dimanche de 11h à 17h. Les musées bâlois sont ouverts.

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