Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Grec Takis est mort à 93 ans. L'art cinétique entre toujours plus dans l'histoire

L'homme avait fait une grande partie de sa carrière en France, où il était arrivé lorsqu'elle brillait de se derniers feux. Démodé, il était revenu en faveur ces dernières années.

Takis devant quelques-unes de ses oeuvres.

Crédits: AFP

Sale temps pour l'art cinétique! Il y a quelques jours disparaissait Carlos Cruz Diez. C'était le 27 juillet à Paris, et le peintre avait 95 ans. Ce jeudi 9 août, la Fondation Takis d'Athènes annonce la mort de cet artiste grec. Nonante-trois ans, cette fois. Il devient clair que toute la génération qui a "fait" les années 1950, les dernières où la capitale française a pu passer pour une métropole mondiale en matière de beaux-arts, est en train de glisser dans l'éternité. Et cela même si nos voisins s'apprêtent à fêter en gloire les 100 ans de Pierre Soulages, né le 24 décembre 1919 à Rodez. L'événement se verra fêté, allez savoir pourquoi, au Louvre, alors que Beaubourg existe. Pas assez officiel, sans doute... Mais comme chacun sait hélas aussi, il est devenu presque impossible d'entrer au Louvre.

Vassiliakis Panayotis Takis était né en octobre 1925. Sa jeunesse a été difficile, comme pour tous les Grecs de l'époque. Il y a eu l'occupation italienne, encore assez bonhomme, puis l'allemande, bien plus dure et plus longue. Le pays a ensuite sombré dans la guerre civile. L'Europe s'attendait à le voir basculer dans le bloc communiste. Ce furent cependant les royalistes qui l'emportèrent. Takis prit dès qu'il le put la clef des champs. Direction la France. Il y aura ses premier chocs esthétiques non pas dans un musée, mais à Calais en y découvrant des antennes et des radars. Une beauté moderne. Après tout, Fernand Léger avait bien été fasciné par les hélices des avions dans les années 1910.

Le premier homme dans l'espace

Restait à trouver une manière de créer des œuvres. L'interrogation de Takis à partir de 1955 était celle de toutes une génération internationale, établie à Paris et gravitant autour des galeries de Denise René ou d'Iris Clert. Mais après tout «eurêka» est un mot grec! Takis, qui pratiquait la sculpture chez lui depuis 1946, va réussir à propulser un homme dans l'espace quelques mois avant que les Russes ne mettent Youri Gagarine en orbite. C'était en 1960 chez Iris. Son cosmonaute était le poète Sinclair Beiles. Un gadget publicitaire. Le véritable intérêt de cet homme passionné de sciences sera vite les champs magnétiques. Un domaine inépuisable. Il les sortira de leur contexte expérimental pour en faire des agents, que dis-je, la matière même de ses œuvres. Et avec quel succès!

Une installation sonore de Takis lors de sa rétrospective de 2015 au Palais de Tokyo. Photo Fondation Takis, Athènes 2019.

L'intérêt critique et populaire pour l'art cinétique va pourtant diminuer à partir de la fin des années 70. Le public avait passé à autre chose. Il se subsistait que les passionnés. De nombreux artistes vedettes des années 1950 ont ainsi connu une interminable traversée du désert, de Soto à Vasarely en passant par Pol Bury. Seul, jean Tinguely gardait la vedette grâce à son côté ludique. Les «Signaux» de Takis ont ainsi longtemps fait l'effet de vieilles lunes. L'homme n'a pas baissé les bras pour autant. Il a créé sa propre fondation en 1986. Et il restait connu chez lui. Quand on demandait aux gens de citer le nom d'artistes grecs, ils vous répondaient en général Takis et Jannis Kounellis.

Le coup de pouce du Palais de Tokyo

Puis le regain est venu. Une roue est faite pour tourner. Takis a ainsi reçu en 2015 une très belle rétrospective au Palais de Tokyo pour ses 90 ans. C'était certes moins prestigieux que le Centre Pompidou. Mais le lieu le rajeunissait aussi. Nous sommes ici plus proches de la création actuelle. Le visiteur a ainsi pu entendre ses créations, que les champs magnétiques rendaient musicales. Ou regarder celles qui se mettaient en mouvement sous l'action des mêmes champs. Cela tenait à la fois de la science et de la magie. Parallèlement, le vieil artiste se voyait repris en mains par le galeriste Renos Xippas, qui a su le montrer et le faire voyager. Les musées ont suivi. En ce moment, Takis a son exposition à la Tate Modern de Londres. Elle dure jusqu'au 27 octobre. Et Londres, tout le monde sait cela, c'est le marche-pied pour l'Amérique.

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