Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Grand Musée Egyptien devrait ouvrir en 2021. Cette fois, le chantier avance!

L'inauguration était prévue pour 2015, puis 2018. La facture dépasse désormais le milliard. Le nouvel édifice contiendra 100 000 pièces, dont beaucoup se verront présentées.

L'extérieur, recouvert d'albâtre, comme l'étaient jadis les Pyramides.

Crédits: Culturebox

Il devait ouvrir en 2015, puis en 2018. Aux dernières nouvelles (qui ne seront pas forcément les ultimes), l'inauguration se ferait en 2021. Les travaux ont pris du retard. Beaucoup de retard. Les coûts ont du coup emprunté l'ascenseur. Le futur Grand Musée Egyptien (GEM) aura ainsi coûté 1,1 milliards de nos francs au lieu de 550. Une facture presque occidentale. Il faut dire qu'il s'active parfois 5000 ouvriers sur ce monstre qui se situe à Gizeh, en contrebas des Pyramides. Il ne faut pas leur faire de concurrence déloyale.

Tout semble démesuré dans l'entreprise que rappelle le mensuel «Beaux-Arts Magazine» dans son numéro de mars. On n'est pas pour rien au pays des pharaons. Le projet date des années 1990, au temps déjà lointain de Hosni Moubarak. Il s'agissait de désengorger le musée séculaire du Caire de 1902, bien connu des touristes et des amateurs de «Blake & Mortimer». Le concours d'architecture s'est vu lancé en 2002, sous le patronage de l'Unesco. Ce sont des Irlandais qui ont décroché la timbale. Heneghan et Peng l'ont emporté sur 1556 autres candidatures.

Nombreux inédits

Le chantier s'est ensuite ouvert. La révolution de 2011 et le chaos qui a suivi (que l'Egypte n'aime aujourd'hui plus trop rappeler) a suspendu les travaux. Ils ont repris pour mener à bien l'énorme édifice de trois étages recouvert d'albâtre. Il y aura 24 000 mètres carrés de salles d'exposition, le musée ayant bénéficié pour se développer d'un terrain de 50 hectares. Est prévu de réunir là 100 000 œuvres, pour beaucoup inédites. Sur les 5000 objets de la tombe de Toutankhamon, dont une sélection se verra présentée ce printemps à La Villette de Paris, un petit tiers seulement est connu du public. Le directeur nommé, Tarek Sayed Tawfik, promet d'autres merveilles jusqu'ici confinées dans des réserves. A ce propos, celles du Grand Musée Egyptien seront colossales. Et à l'abri de tout danger, des secousses sismiques aux émeutes populaires. On parle d'un vrai coffre-fort. L'endroit le plus sûr du pays.

Le transport du colosse de Ramsès II en 2018. Photo AFP.

Certaines statues ont déjà accompli voyage, comme un colosse de Ramsès II, haut de quatorze mètres. Il n'a pas été tiré sur le site par les Cairotes, depuis la gare où Nasser l'avait fait placer en 1955, mais par un convoi sur mesures. Les simulations visuelles de l'aménagement final suggèrent un lieu immense, mais assez dépouillé. L'opposé du bric-à-brac génial de l'ancien local, dont on ignore l’affectation future (pour autant qu'il reste debout).

Il n'y aura pas qu'un musée. Sont prévues 28 boutiques (de grand luxe, je suppose), 10 restaurants, un centre de conférence et un cinéma. Le GEM doit faire redémarrer le tourisme, plusieurs fois mis à mal. La Guerre du Golfe. L'attentat de Louxor, où avait péri de nombreux Suisses. Les suites de la Révolution de 2011, quand certains fous parlaient de détruire le Sphinx et les Pyramides comme des idoles insultant l'islam. Le terrorisme de Daech. Pour tout dire, la fréquentation du pays, qui était de 15 million de touristes en 2010 (certains se contentant il est vrai des plages de la Mer Rouge), avait passé à 5 millions en 2016. A prix bradés, je précise. Un frémissement positif se ferait sentir depuis 2017. A confirmer. C'est ce à quoi le GEM prétendra dès 2021. D'autant plus qu'il faudra apparemment plusieurs jours pour visiter le seul musée. C'est beaucoup, 100 000 objets, même s'ils ne se verront bien sûr pas tous présentés!

Simulation d'un hall du musée après l'ouverture. Photo Culturebox.


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