Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le futur Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne dévoile son programme

La conférence de presse du lundi 26 novembre a révélé l'avenir. Un weekend dans les salles vides en avril. Les collections déployées à partir d'octobre. Puis plein d'expositions dès 2020.

La façade presque aveugle du MCB-a, côté rails.

Crédits: 24 Heures

C'est rare, évidemment. En principe, on s'y ennuie plutôt en attendant que ça passe. Il y a tout de même des conférences de presse qui font du bien. C'est le cas de celle qu'a donnée lundi matin le Musée cantonal des beaux-arts dans ce qui formera son nouveau bâtiment à Plateforme10. Cette fois-ci, nous étions logés à l'intérieur. Être assis immobiles signifie parfois que les choses bougent. Pendant que s'exprimaient derrière la traditionnelle table les Conseilleurs d’Etat, le président de la Fondation et le directeur de l'institution, le public pouvait voir les ouvriers s'affairer derrière les vitres. Dame! Il faut que les clefs du bâtiment soient rendues début avril, autrement dit demain. Cela veut aussi dire qu'il existe désormais un dehors et un dedans. Et dedans, le public sent bien que le chantier arrive à bout-touchant.

Tout le monde avait donc l'air ravi. C'était le cas d'Olivier Steimer qui ouvrait les feux en tant que président de la Fondation du Musée cantonal des beaux-arts. Celui des conseillers Pascal Broulis et Cesla Amarelle. Et bien sûr celui de Bernard Fibicher, l'homme ayant porté le projet de ce qui ne constitue pas une extension, mais une construction nouvelle. Un bâtiment aveugle, ou presque, d'un côté. Celui des rails de la gare. Un bâtiment ouvert de l'autre, avec un petit côté feuilleté donné par les lames de béton rythmant l'interminable façade. Il faut dire que le spectateur voit mieux les choses, maintenant que les échafaudages ont disparu. L'édifice constitue une épure. Il n'y a pas eu la mauvaise surprise des riverains du futur Centre Pompidou. Ils croyaient naïvement dans les années 1970 que les tubulaires caractérisant l'édifice étaient provisoires.

Performances dans des salles vides

Respectant les règles du jeu, Olivier Steimer a remercié tout le monde, et même les autres. C'est qu'il a fallu du monde pour en arriver là! Puis le président a donné un calendrier qui n'a rien des fumigènes de celui du futur MAH genevois. Le 6 avril, c'est donc la remise des clefs. Je ne sais pas s'il y aura un coussin rouge, mais il s'agira d'un symbole fort. Est alors prévu un weekend dans les salles vides avec des performances, dont une pièce mythique de Pierre Huygue, «Name Announcer». Chaque visiteur se verra annoncé en grande pompe par ce que l'on appelait jadis un aboyeur. Les 5 et 6 octobre, quand l'équipe sera installée et que les œuvres auront été accrochées, ce seront les deux jours d'inauguration. Ils révéleront un «Atlas» en dix parties. Thomas Hirschhorn en remplira une à lui tout seul. Il faut dire que le plus contestataire (et un temps le plus subventionné) des artistes helvétiques ne donne pas précisément dans la miniature.

Je ne vais pas vous citer tout le monde. Il y a tout de même dix mois à attendre. Sachez seulement que le but est de «mettre les collections en valeur sur tous les espaces disponibles de la construction.» Il s'agira de refléter les principales donations allant de 1840 à aujourd'hui, «avec un accent mis sur les dernières entrées.» Je précise à ce sujet que nombre d'entre elles sont le fait d'Alice Pauli, la légendaire galeriste lausannoise. Elle vient d'ailleurs de faire cadeau de quinze nouvelles œuvres signées Veira da Silva, Rebecca Horn, William Kentridge, Pierre Soulages et bien sûr Giuseppe Penone. Son chouchou. Une pièce de ce dernier, ne mesurant pas moins de six mètres de long, vient ainsi d'entrer dans les collections. «Elle nous a dit que son souhait était d'accroître notre fonds avec les créations des plus grands contemporains.»

Vienne 1900 comme premier temps fort

Après avoir mis le musée en vedette, avec en prime la sortie d'un nouveau catalogue des collections, l'équipe (plutôt restreinte en dépit des engagements, nous ne sommes pas à Genève) pourra passer aux expositions temporaires. Ce sera en 2020. Elles occuperont plusieurs espaces spécifiques. Il est ici question d'Est et d'Ouest, ce qui m'a vite fait perdre le Nord. J'ai néanmoins noté un Espace Dossier, voué au papier. Il y aura là Albert-Edgard Yersin à partir du 10 avril 2010. Lui succéderont soixante aquarelles de Giovanni Giacometti le 10 juillet puis Christian Boltanski le 30 octobre. L'Espace Projet apparaît moins intime. Il abritera trois au quatre présentations par an, axées autour de l'art contemporain et émergent, dont les Prix Buchet et Manor, avec parfois des pièces créées in situ. En 2010 le lieu sera ouvert par la Russe Taus Makhacheva. Elle sera suivie par L'Argentin Jorge Macchi, puis le ou la lauréat(e) du Prix Manor, «dont nous ne savons pas encore le nom.» Il faut dire que le concours n'est pas encore lancé à l'heure où je vous parle.

Il y aura enfin les grandes expositions. Celles que tout le monde attend. La première s'intitulera «A fleur de peau». Elle parlera de la Vienne des années 1900, un sujet très à la mode depuis une trentaine d'années. Il faut dire que la capitale autrichienne d'alors était ce qu'on appelle un laboratoire de la modernité avec notamment cette psychanalyse dont on est en train de revenir. Il y aura du Klimt et Schiele, mais pas seulement eux. «Nous travaillons avec l'Albertina, le Belvedere et une très importante fondation basée à Zoug.» Suivra en juin la manifestation remplaçant «Accrochage Vaud». Autrement dit un panorama de la jeune création locale. «Elle sera organisée tous les deux ans par un commissaire indépendant désigné à cet effet.» Viendra en même temps une rétrospective dédiée au vidéaste vaudois Jean Otth (1940-2013). Un pionnier. L'année se terminera enfin en octobre avec Kiki Smith, qui n'est pas que la fille du sculpteur américain Tony Smith. «Il s'agit pour moi l'une des grandes créatrices d'aujourd'hui.»

Le centenaire Vallotton

Le tour de table s'est achevé par Cesla Amarelle. La Madame Culture voyant aujourd'hui l’aboutissement d'un projet mené par ses prédécesseurs. «Il n'est pas commun de vivre ce que nous vivons en ce moment.» La Conseillère d'Etat se dit ravie que le musée ne soit pas que patrimonial mais table sur la jeunesse et l'innovation. Sa grande nouvelle ne s'en situe pas moins dans le camp des anciens. «Pour 2025, qui marquera les 100 ans de sa mort, nous prévoyons une grande rétrospective sur Félix Vallotton.» Comment dire... J'aime bien Vallotton, qui sera notamment présenté à Londres l'année prochaine. Mais il me semble qu'à force de voir des hommages rendus au grand Vaudois j'ai fini par faire le plein. Cela dit, 2025, c'est tout de même loin. Cesla Amarelle s'en rend d'ailleurs compte. «Je verrai si je serai alors encore en charge de la Culture!»



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