Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Français François Desset a déchiffré au bout de dix ans l'élamite linéaire

Cette écriture iranienne résistait aux linguistes et archéologiques depuis son identification en 1901. C'est un système phonétique original vieux de 4500 ans.

François Desset et deux vases élamites.

Crédits: DR

Les Français ont trouvé un digne successeur à l’abbé Barthélémy, qui déchiffra les écritures palmyréenne et phénicienne en 1753-1754, et à Champollion qu’il ne faut plus présenter. Tout le monde (ou presque) connaît encore aujourd’hui l’homme des hiéroglyphes égyptiens, mort à 42 ans en 1832. Le savant du jour s'appelle François Desset. Il a 38 ans. Ce chercheur vient de résoudre, après dix ans de travail, les énigmes posées par l’élamite linéaire. Une des trois versions de cette langue, parlée au IIIe et au IIe millénaire avant notre ère dans le sud de l’Iran actuel, au bord de la Mer Rouge, dans la région de l'antique Suse. Il existe en effet aussi (j’avoue que je viens de l’apprendre) le proto-élamite, qui lui est donc antérieur, et l’élamite géométrique (1).

Une "tablette" avec une inscription en élamite linéaire. Photo DR.

François Desset a commencé par faire des études poussées. Puis une thèse en 2011. Il est ensuite parti s’établir à Téhéran, où il s’est lié à l’Université tout en restant rattaché à Lyon. Ses travaux sont allés très lentement. Il fallait trouver, quelque part, une sorte d’anfractuosité linguistique afin de pénétrer l’élamite linéaire, connu depuis la découverte de tablettes en terre cuite en 1901. Une lueur est finalement apparue en 2017. Desset a alors étudié des vases funéraires en argent, qui se trouvent aujourd’hui dans une collection privée anglaise. Leur caractère frappant était la répétition de signes accouplés. Le Français en a présumé qu’il s’agissait de noms propres. Deux souverains sont ainsi sortis de l’ombre, ainsi que la déesse locale Napirisha. Il a ensuite fallu déduire le reste de cette écriture phonétique syllabe par syllabe. L’élamite constitue en fait, pour se montrer plus précis, un mélange de phonogrammes, qui symbolisent donc des sons, et de logogrammes.

Deux autres vestiges élamites. Photo DR.

Le résultat des recherches a été communiqué le 27 novembre 2020 par la revue «Science et avenir». Le dossier scientifique devrait se voir publié cette année 2021. Desset coiffe au poteau son collègue britannique Jacob Dahl, d’Oxford. Il sera passionnant de confronter leurs travaux. L’archéologie ne devrait en effet pas former une compétition sportive de type marathon, où il n’y aurait qu’un seul gagnant. La découverte se révèle en effet de taille. Elle prouve qu’au même moment il a pu se voir inventé dans le «croissant fertile» (les Egyptiens se situant très loin de là) deux genres d’écriture divers. Avec ses syllabes, l’élamite se révèle foncièrement différent du cunéiforme mésopotamien, originaire de l’Irak actuel. Un système décrypté pour sa part depuis le milieu du XIXe siècle.

(1) Ce sont les peuples voisins qui parlaient de l'Elam. Les habitants de la région, eux, parlaient de leur pays comme de Hatami.

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