Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le feu à Notre-Dame. Qu'est-ce qui est sauvé ou pas? Un bilan encore provisoire

Les grandes orgues ont résisté, mais... Le coq faîtier a été retrouvé par terre. Les statues ont survécu. Pour ce qui est des grands tableaux, on reste encore dans le bleu.

La "Visitation" de Jean Jouvenet. Un tableau au sort encore inconnu.

Crédits: DR

C'est l'heure des bilans. Provisoires, pour le moment. La vérité change d'heure en heure pour les destructions d’œuvres d'art et de reliques lors de l'incendie survenu lundi à Notre-Dame de Paris, qui est elle-même une miraculée. Un peu comme a pu l'être en 1944-1945 la cathédrale de Cologne, restée seule comme une montagne de pierre au milieu de la ville anéantie par les bombes. 

Entre les nouvelles diffusées ou publiées entre le soir du 15 avril et l'après-midi du 17, il existe donc d'énormes écarts. Tous positifs, pour une fois. Dès le début, on a ainsi appris que la couronne d'épines, acquise par Saint-Louis en payant une fortune au XIIIe siècle, était en sécurité. Tout comme sa tunique, présentée en 2014 à la Conciergerie dans la magnifique exposition consacrée à ce souverain français, mort en 1270 devant Tunis. Pour les catholiques pratiquants, il s'agit là de l'essentiel. On savait cependant déjà, à ce moment-là, que les roses de vitraux n'avaient pas éclaté. La chose ne signifie pas qu'elles n'aient pas subi de dommages structurels. Les plombs ont sans subi des coups de chaleur. Il faudra sans doute les démonter. Un travail colossal.

Les gravats juste à côté

En faisant le tour des sites, qui mélangent souvent tout en passant de l'émotion manifestée par Gina Lollobrigida (l'Esmeralda cinématographique 1955) aux inquiétudes des internautes sur les reliques conservées dans le coq de la flèche abattue, j'ai trouvé plusieurs nouvelles que le temps confirmera ou au contraire infirmera. Le grand orgue a survécu avec ses milliers de tuyaux, mais il nécessitera des réparations. Les sculptures du chœur, comprenant notamment la Pietà sculptée aux débuts du XVIIIe siècle par Guillaume Coustou, sont intactes. Il y a d'énormes gravats juste à côté. Idem pour une célèbre Vierge du XIVe siècle adossée à un pilier. Des photos en témoignent. Le coq a finalement été retrouvé, apparemment en bon état, dans les décombres. Là aussi, il y a une image avec son sauveteur pour en témoigner. Les véritables chanceuses sont les sculptures métalliques de la flèche, datant des restaurations (quelque peu abusives) d'Eugène Violet-Le-Duc au XIXe siècle. Elles avaient été envoyées vendredi dernier à Périgueux pour restauration.

Quid des tableaux? Là, nombreuses inconnues subsistent. Quelques assurances cependant. «L'Adoration des bergers» de frères le Nain est sauvée. Idem pour «La Vierge de pitié» de Lubin Baugin. La confusion règne en revanche pour les Mays, dont je vous parlais dans mon précédent article. Enormes, ils n'ont pas pu se voir évacués à temps. Une règle du jeu. Plus une toile est vaste, plus elle se révèle vulnérable en cas de catastrophe. Lundi soir, ces huiles étaient réputées détruites. Le ministre de la culture Frank Riester a parlé depuis de tableaux «placés sous emballage de sécurité». Endommagés par l'eau et la suie, ils n'auraient donc pas été la proie des flammes. Les œuvres seront dès que possible déplacées vers les laboratoires du Louvre tout proche. La suie part assez bien. La peinture résiste, du moins un certain temps, à l'action de l'eau. Il pourrait aussi y avoir des cloques, dues à la chaleur. Idem pour la grande «Visitation» de Jean Jouvenet livrée en 1716. L'ultime élément resté en place d'un nouveau décor du chœur, dont le reste se trouve depuis longtemps déjà au Louvre.

L'exemple de Rennes

Avec ces structures Grand Siècle, on se retrouve un peu dans le même cas de figure que lors de l'incendie (pas accidentel du tout, celui-là!) du Parlement de Rennes en 1994. Dues en partie aux mêmes l'artiste, les décorations avaient finalement résisté au feu comme à l'eau. Elles ont aujourd'hui retrouvé leur place dans un somptueux bâtiment, en partie reconstruit à l'identique. Un édifice bien plus petit cependant que Notre-Dame, dont les très hautes voûtes sont désormais officiellement «fragilisées». Un mot qui augure bien des problèmes futurs...

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