Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Dôme de Florence devrait dorénavant se visiter avec un collier intelligent

La cathédrale maintiendra ainsi les distances sociales entre les gens. Il ne faudra pas que le tourisme de masse reprenne. La ville est bien plus engorgée que Venise.

La cathédrale, qui va retrouver ses (trop) nombreux visiteurs.

Crédits: Filippo Monteforte, AFP.

On ne se mettra pas la corde au cou en signe de pénitence en entrant à la cathédrale de Florence. Les visiteurs se verront prochainement dotés d’un collier. Intelligent, comme il se doit. Il fera bip-bip, transmettra des vibrations (bonnes, je l’espère) et émettra de la lumière. Le but est bien sûr de maintenir les fameuses distances sociales. Deux mètres ici,comme ailleurs. L’objet se verra désinfecté entre chaque utilisation. Il n’enregistrera aucunes données personnelles.

L’idée peut sembler excellente, l’anonymat convenant à (presque) tout le monde. Contrairement à la Coronavirus (le mot est désormais féminin), elle mériterait donc de devenir contagieuse. Et puis, Santa Maria del Fiore est une grosse église! Très grosse, même. Cent cinquante trois mètres de long. Tout devrait bien se passer, du moins au début. Si nul ne sait quand l’opération se verra lancée, alors que Saint Pierre de Rome vient de rouvrir, l’Italie devrait cependant libérer les frontières entre régions et celles avec l’étranger le 3 juin. Le tourisme mettra cependant du temps à repartir. Or ce dernier engorge Florence bien plus que Venise, contrairement aux idées reçues. J’en ai fait l’expérience durant une semaine en septembre dernier. La place devant Santa Maria del Fiore était si engorgée que j’ai cru un jour à une manifestation pour le climat. Idem devant les Offices, qui ont en principe (mais le site ne dit rien) rouvert le 18 mai, et devant l’Accademia pour voir le «David» de Michel-Ange… Dans les petits musées et dans certaines chapelles, il n’y a revanche personne. Un dégât collatéral du tourisme de masse. Les vrais amateurs d’art ont fui Florence.

Non au tourisme de masse

En grosses difficultés économiques, l’Italie tient cependant à remettre la machine touristique en marche. Avec de grosses restrictions sur les jauges. Deux tiers de visiteurs en moins à la fois aux Offices, par exemple. Elle spécule ainsi sur un retour progressif, des voix discordantes se faisant entendre pour rappeler les effets désastreux des voyages de masse et des groupes. "Le Journal des arts" a ainsi publié le 8 mai un long entretien avec Toto Bergamo Rossi, le directeur de la Fondation Venitian Heritage. L’homme a rappelé les 30 millions de personnes des hordes annuelles, dont beaucoup ne voient en réalité rien. Plus le problème lancinant des grands bateaux, qui ont Dieu merci du plomb non pas dans l’aile, mais dans la coque. Les monstres flottants, destinés en plus à des personnes à risques, ne sont pas prêts de se remettre à naviguer.

Mais revenons à la cathédrale, que pilote aujourd’hui Timothy Verdon, un évêque comme il y en a peu. L’homme à qui l’on doit notamment l’admirable nouvelle version du Musée de l’Œuvre de la cathédrale (qui rencontre un énorme succès public) doit aujourd’hui penser en plus au 600e anniversaire. C’est en 1420 qu’a commencé la construction de la coupole octogonale par Filippo Brunelleschi, terminée en 1438. Il faut rappeler le prodige d’ingéniosité développé pour ce premier dôme construit depuis l’Antiquité. L’architecte s’était engagé à ne pas utiliser d’échafaudages. Le chantier avançait uniquement avec un système de poulie, qui permettait de hisser à bras d’ouvriers sept tonnes par jour. C’est cependant pour ses qualités esthétiques que l’édifice a été classé par l’Unesco dès1982.

Tout cela vaut bien un coup de collier.

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