Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le dessinateur et collectionneur Pierre Le Tan est mort à 69 ans

D'origine asiatique, le Français avait commencé sa carrière à 19 ans au "New Yorker". Il donnait depuis des oeuvres tournées vers le passé. Publicité. Illustrations. Affiches.

Autoportrait de dos.

Crédits: Succession Pierre le Tan.

Il est mort le 17 septembre, comme on dit, «des suites d'une longue maladie». Pierre Le Tan avait 69 ans. Sa carrière de dessinateur couvre pourtant un demi-siècle entier. C'est en 1969 que ce Français d'origine asiatique avait placé ses deux premières œuvres. Et ce au «New Yorker», avec qui il a souvent collaboré depuis. Comme débuts, on ne peut guère rêver mieux!

Affable, souriant, semblant toujours un peu pressé, Pierre Le Tan était né à Neuilly en 1960. Son père, qui lui a aussi servi de mentor, était le peintre Lê Phô. Son grand-père, le vice-roi du Tonkin. Un monde fabuleux, aujourd'hui évanoui, dont il reste la musique d'une chanson, «La petite Tonkinoise». De ce passé asiatique, Pierre assumait cependant un héritage, le goût du jeu. Pas celui où l'on perd! Ce fanatique des ventes aux enchères se plaçait là où l'on gagne presque toujours avec un peu de flair. Pas étonnant que ce soit dans la «Gazette Drouot» que j'ai trouvé le meilleur portrait paru de lui. C'était en 2016 sous la plume de Sylvain Guillot. L'homme y raconte comment il a acquis, et souvent revendu faute de place ou par besoin d'argent, des milliers d'objets en cinquante ans. Ce n'est pas par hasard si un de ses livres illustré, paru en 2013 chez Flammarion, s'intitule «Quelques collectionneurs»! Je vous en avais parlé à l'époque.

Collaboration avec Modiano

Durant sa vie, ce père de famille nombreuse a aussi donné une foule de dessins. Illustrations. Affiches. Couvertures de livres. Œuvres finies, destinées à des amateurs. Il a généralement travaillé seul, mais aussi en collaboration. S'est ainsi développé un compagnonnage exemplaire avec Patrick Modiano à partir de 1981. Le Tan a aussi donné de la publicité. Il faut bien vivre, et si possible vivre bien. Son crayon a ainsi conféré de la classe aux produits de Gucci, des Galeries Lafayette, de Lanvin ou à l'immortelle Jouvence de l'Abbé Soury. Certains de ces croquis se retrouvaient ainsi dans «Vogue». Parmi ses affiches les plus réussies ont longtemps figuré celles du «Salon du dessin». Le Salon a hélas depuis passé à un graphiste, faisant par là même douter de son goût...

Pierre Le Tan de face. Photo DR.

Le trait de Le Tan demeurait très reconnaissable. Ce passionné d'art ancien donnait dans une sorte de désuet, mais remis aux couleurs du jour. Dans ses dessins, Le Tan ne se montrait jamais méchant. Il semblait plutôt amusé. On comprend du coup qu'il ait pu avoir le même agent que Sempé, cet autre inclassable. Si filiation il y avait, l'homme se réclamait plutôt de Philippe Jullian, si actif dans les années 1950 et 1960. Avec moins d'acidité, pour ne pas dire de cruauté. Mais on retrouve chez tous deux la même profonde connaissance d'une l'histoire de l'art revisitée par les gens du monde. Un doux mélange d'esthétique et de vanités humaines. Un univers davantage tourné vers le passé que le présent. Quelque chose d'un peu nostalgique. On ne peut pas toujours aller de l'avant.

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