Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Commun genevois montre la photo des années 1920 et 1930 comme "arme de classe"

Le lieu, situé dans une ancienne usine, a permis la rencontre du Centre Pompidou et du Centre de la photographie autour des luttes ouvrières.

Prise de parole aux usines Citroën, 1938.

Crédits: Willy Ronis, RMN, gestion des droits d'auteur Willy Ronis.

C’est une collaboration inattendue. Le Centre de la Photographie Genève (CPG), qui montre en temps normal les seuls artiste vivants, reçoit pour une semaine encore le Centre Pompidou. Le Commun abrite donc "Photographie, Arme de classe". L’exposition se penche sur des images situant a priori très loin du 8e art. Elles exploraient dans les années 1920 et 1930 la condition ouvrière, plus celle de chômeurs ou des mal-logés. La photo gardait ici une fonction militante. Une partie des murs et des vitrines contient du reste des magazines d’époque montrant l’utilisation qui était faire de ces clichés, parfois pris par les membres de collectifs.

L’étage du Commun a été repeint en blanc. Les parois se retrouvent coupées à mi-hauteur par deux lignes horizontales. Elles ne pouvaient se révéler que rouges. Divisés en sections thématiques, les documents originaux se mêlent à des reproductions d’affiches collées à même le mur. Il s’agit pour la commissaire Damarice Amao de raconter le monde du travail, puis la Crise. Il y a aussi la peur légitime de l’Allemagne dans les années 1930, tout comme la confiance, moins méritée, dans «le grand frère soviétique». La guerre n’est pas loin. Elle a déjà frappé en Espagne. Les congés payés, le Front Populaire font pour l’instant office d’espoir et de récréation. Tout cela se voit dit avec des icônes de Willy Ronis ou d’Henri Cartier-Bresson comme grâce à des œuvres signées de noms peu connus (Nora Dumas, André Papillon, Pierre Jamet, Jean Moral…). Certaines de celles-ci proviennent de la collection Christian Boqueret (environ 7000 tirages), entrée à Beaubourg en 2010.

Echo romand

Il fallait un écho romand. Il est donné par des reportages de Max Kettel, aujourd’hui honoré à Martigny par une énorme rétrospective. Il y est bien sûr question de la fusillade de novembre 1932 à Genève. L’événement. Des affiches locales ont été utilisées. Elles sont en général signées par le très à droite Noël Fontanet (1). J’ai noté au passage que si Beaubourg a prêté de précieux «vintage», la Bibliothèque de Genève a livré des «tirages d’exposition». Autrement dit modernes. Je ne ferai aucun commentaire.

Le Commun convient bien à la manifestation. Elle se retrouve complétée au CPG par une «personnelle» accordée à la jeune photographe de Pittsburgh Sandra Gould Ford. Cette seconde exposition sert de chambre d’écho. Il y a est aussi bien question de la désindustrialisation de l’ancien poumon d’acier des Etats-Unis que de la fermeture des mines de charbon dans le Borinage belge. Si je dis plus haut que le lieu me semble adéquat, c’est à la fois parce qu’il se trouve dans un ancien site ouvrier genevois et qu’il a conservé une partie de sa substance. Je pense notamment au pavés de bois, dont certains viennent d'ailleurs de se voir remplacés. Je songe aussi à l’escalier remontant au temps devenu lointain de la SIP ou Société d’Instruments de Précision. La mémoire se perd…

(1) Une actuelle exposition du Parc des Bastions raconte la difficile et tardive attribution du vote aux Suissesses. Elle est patronnée par la conseillère d’État Nathalie Fontanet. Il s’agit de la petite-fille par alliance de Noël Fontanet, qui a beaucoup dessiné contre le suffrage féminin. Le monde change...

Pratique

«Photographie, Arme de classe», Le Commun, 28, rue des Bains, Genève, jusqu’au 18 mars. Tél. 022 329 28 35, site www.centrephotographie.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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