Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Commun genevois propose "Stritches". Des noeuds relient les arts contemporains

L'exposition réunit des oeuvres textiles pour la plupart tridimensionnelles, souvent du genre poupées. Le propos n'est pas aidé pas une mise en scène calamiteuse.

L'une des affiches de l'exposition.

Crédits: DR.

«Si l’intégration du textile dans l’histoire de l’art du XXe siècle a constitué un outil majeur dans le bouleversement des catégories dominantes – qu’il s’agisse du renversement des hiérarchies artistiques, de l’émancipation féministe ou du décentrement occidental – qu’en est-il aujourd’hui?» Grave question. Je lis. Je m’accroche. Je secoue la tête. Il s’agit de faire un sort à l’éphémère exposition poly-subventionnée «Stritches» au Commun du Bâtiment d’art contemporain genevois, ou BAC. Tout part ici du nœud. Essayons du coup qu’il n’y ait pas un nœud d’un autre type dans mes neurones.

Dans ce qui ne constitue pas une exposition de Gabrielle Boder, Tadeo Kohan et Camille Regli mais d’une simple «proposition», pour employer la terminologie moderne, nous sommes dans le domaine du fil, du tissu ou du tissage. Leur intégration dans le champ artistique tient non pas de la nouveauté, mais de l’éternel retour. Je vous rappelle que jusqu’au XVIIIe siècle au moins, les tapisseries constituaient le sommet de luxe à cause de l’investissement de temps et d’argent qu’elles supposaient. Normal donc que les plasticiens se réapproprient le textile, avec une perspective souvent féministe. Il s’agit de rendre leur dignité à des travaux longtemps jugés féminins, donc secondaires. D’où les créations de Louise Bourgeois hier, d’Annette Messager et de Tracy Enim aujourd’hui.

Des "personae"

Le trio de commissaires a plutôt regardé le vivier suisse. Une trentaine d’artistes de plusieurs générations se sont donc vues invités dans les deux étages du Commun. Il y a même là une grande ancêtre, Pierrette Bloch. Autrement, c’est un pêle-mêle de noms connus comme Denis Savary, Mai-Thu Perret, Ugo Rondinone ou Roman Signer, et de figures au renom plus confidentiel. Les invités ont droit à une ou deux pièces, volontiers tridimensionnelles. Il s’agit souvent, selon Gabrielle Boder, Tadao Kohan et Camille Regli, de «personae». Autrement dit de figures théâtrales archétypiques. «Les tissus composent et masquent les êtres, les assemblent et les séparent.» Ce sont finalement là de grandes poupées.

Et qu’est-ce que cela donne, une fois installé au Commun? Eh bien, c’est là que tout se gâte. Le visiteur fait face à un fatras, accentué par une mise en scène inexistante et un éclairage malheureux. Tout le monde n’a pas le même art d’arranger les chose d’Andrea Bellini au Centre d’art contemporain voisin. Je veux bien que «les artistes se rencontrent ainsi dans une exposition nodale liant intimité et extimité, contrainte et libération, émancipation et libération.» Cette «réflexion sur l’environnement privé, scénique et social» n’en reste pas moins embryonnaire. Brouillonne. Inachevée. S’il faut vraiment donner un message au public, il s’agit aussi de savoir le transmettre. Un telle idée fait partie du sens… commun.

Pratique

«Stritches, Scènes, corps, décors», Le Commun, 34, rue des Bains, Genève, jusqu’au 11 juillet. Tél. 022 418 45 30, site www.ville-ge.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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