Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le commissaire priseur genevois Marc Gaudet-Blavignac disparaît à 49 ans

L'homme était connu comme le loup blanc. Il avait monté plusieurs affaires, d'une salle de ventes aux Puces du design. C'était ce que l'on appelle un beau parleur.

Marc, lors d'une des ses ventes dans le canton de Vaud.

Crédits: Michel Perret, La Côte

C'était ce qui s'appelle un beau parleur! Marc Gaudet-Blavignac possédait tout du charmeur. L'homme avait de l'humour. De la répartie. De l'assurance. Il savait comme personne vous mettre dans d'excellentes dispositions à son égard. Dire qu'il vous embobinait serait cruel, mais vrai. Faut-il le dire précisément aujourd'hui? Le commissaire priseur vient de mourir à 49 ans. Un saut dans le vide. Il a choisi de disparaître il y a quelques jours. L'enterrement aura lieu en l'église Saint-Paul mercredi 6 novembre à 14 heures 30.

J'ai connu Marc quand il avait encore sa salle de ventes au boulevard du Pont-d'Arve, tout près de la rivière. Le lieu ressemblait à Piguet, en plus modeste. Il fallait y entrer comme on pénètre dans un garage. Là, le Genevois tenait le marteau avec un bagout déconcertant. C'était rapide. C'était enlevé. Tout ne partait pas, bien sûr! Mais on avait passé une bonne soirée. Il en a été de même, plus tard, avec les Puces du Design, dont la première édition s'est déroulée dans le Flon lausannois. Elle tenait du spectacle. Gaudet-Blavignac était alors associé avec Alexandre Ding. Leurs relations se sont détériorées de manière dramatique, alors que les deux hommes tenaient à l'époque ensemble une galerie rue Verdaine à Genève. Alexandre a gardé les Puces, tandis que la galerie disparaissait.

Une passion pour le marteau

J'ai ensuite croisé Marc de-ci, de-là. C'était souvent dans un maison ou dans un vieil appartement qu'il s'agissait de débarrasser. Mais il y a aussi eu des ventes, un peu plus chic dans le vaste sous-sol avec galerie d'Athénée 4. C'était un pèle-mêle où se trouvaient en général des peintures et des objets du XXe siècle. Plutôt modestes. Marc dirigeait toujours les enchères. C'était en fait sa passion. Une passion entretenue avec difficultés. Il y a toujours eu avec lui beaucoup de problèmes de comptabilité, pour ne pas dire davantage. D'où un certain nombre de méfiances. Mais ce saltimbanque, qui avait été mis en faillite personnelle (j'ai publié un article à se sujet qu'il m'a prié de retirer au bout de deux ou trois ans), semblait toujours retomber sur ses pieds. Un peu comme un chat. N'empêche que durant un certain temps, le public ne l'a plus vu au marteau que dans le canton de Vaud...

Il y a environ cinq ans, Marc Gaudet-Blavignac avait loué un bureau à Carouge pour ses affaires. Il n'en avait pas moins repris, sur un grand pied, un immense espace au 2, Grand-Rue. Difficile d'apparaître plus visible. Il y avait de nouveau là du design du XXe siècle, plus quelques objets très mode. Et monsieur derrière un gros bureau. Ce dernier Blavignac a disparu il y a quelques mois pour devenir un appendice de Bel Air Fine Art. Depuis, je n'avais plus aucune nouvelle de lui. Je ne l'avais plus croisé, même aux Puces qu'il zonzonnait le portable à l'oreille. C'est par trois courriels que j'ai appris sa disparition brutale. Le feu follet avait fini par se brûler les ailes.

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