Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le collectif #saccageparis achète un vieux banc à Drouot pour le restituer à Anne Hidalgo

L'objet patrimonial a été acquis pour 1200 euros par 254 contributeurs lassés de voir la maire jeter au rebut le mobilier urbain qui faisait le charme la capitale.

Le banc en question.

Crédits: Photo fournie par l'étude Christophe Lucien.

C’est l’heureuse conclusion d’une affaire qui tend par ailleurs à se politiser. A l’Hôtel Drouot, le mardi 18 mai à 13 heures, un lot s’est vu retiré de la vente mitonnée par Maître (on aime bien à se donner du «maître» en France) Christophe Lucien. Un accord était intervenu entre le vendeur et un groupe d’acheteurs. Le lot 365 de la onzième vente «Paris je t’aime» (un titre faisant penser aux anciennes revues des Folies-Bergères) a donc changé de mains de gré à gré pour 1200 euros. Notez que l’ancien propriétaire ne faisait pas une si mauvaise affaire que cela. Le banc soustrait au mobilier urbain de la capitale se voyait estimé entre 400 et 420 euros.

Mais peut-être conviendrait-il de commencer par le début. Sous le règne d’Anne Hidalgo, les éléments ornant la capitale depuis le règne de Napoléon III ont passé un mauvais quart d’heure. On connaît le credo de Madame la maire. Elle se veut toute modernité en attendant (dans sa tête, du moins) de finir présidente de la République, comme son lointain prédécesseur Jacques Chirac. D’où des aménagements audacieux qui lui font jeter au rebut des éléments de patrimoine (1). On pense aux colonnes Morris et aux fontaines Wallace, aujourd’hui en danger. La dame préfère installer des poubelles en plastique partout. Une chose qui n’empêcherait pas Paris de devenir de plus en plus négligée et sale selon ses nombreux détracteurs.

De droite?

Des articles de presse ont paru à propos de ces changements. Il y a quelque temps s’est constitué le collectif #saccageparis. Un groupement qui s’est vu d’autorité classé «de droite». En France on fait de la politique quasi jusqu’aux chiottes. Il est vrai, pourtant, qu’une telle action peut facilement se faire instrumentaliser. Rachida Dati et Marine Le Pen ont donné de la voix pour l’approuver. Ou plutôt afin de dénigrer leur ennemie commune, Anne Hidalgo. Il faut dire que le patrimoine se situe traditionnellement chez nos voisins à droite, ce qui n’est pas le cas en Italie. Restait encore à #saccageparis la nécessité d’accomplir une action d’éclat. Celle qui met les rieurs de votre côté. Réussite totale avec l’affaire du banc.

Comment les choses se sont-elles passées? Très simple. Un certain Quentin Divernois a lancé un appel sur le Net. Il a réuni les contributions financières de 254 participants et amis. S’est ainsi remplie une cagnotte, allant par ailleurs bien au-delà de 1200 euros. Le choix s’est porté sur un modèle de banc créé par Gabriel Davioud au milieu du XIXe siècle. Ce siège double est supporté par des consoles balustres ajourée en fonte. Un matériau très apprécié à l’époque. Elles sont aux armes de la Ville de Paris. L’exécution a été assurée par Val d’Orne, qui en a pendant longtemps multiplié les exemplaires. Difficile de faire plus parisien que ça. Avec tout de même les entrées de métro, dont les plus belles ont disparu sous l’ère du ministre de la Culture André Malraux vers 1960.

Sans commentaire

Le banc se verra donc officiellement remis le 25 mai à Anne Hidalgo, qui n’en demandait pas tant. Avec pour elle la mission de le remettre sur un trottoir. En voyage dans l’Ardèche au moment de la vente, l'élue n’a encore apporté aucun commentaire. La dame passe pour peu commode et ne supporter aucune contestation. Or celle-ci tient du charivari. La femme risque donc de se montrer mauvaise joueuse la semaine prochaine. Et donc ne rien faire. Ce n’est pas avec Anne que les amoureux vont à nouveau «se bécoter sur les bancs publics», comme dans la chanson de Georges Brassens, créée en 1953. On voit du reste mal comment ils le feraient. Avec des masques...

(1) Et je ne parle pas de ses projets fous, comme le réaménagement de la  merveilleuse Gare du Nord pour 600 millions d'euros. Ou la Tour Triangle, qui mériterait de lui mettre la tête au carré. 

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