Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le coffret des dessins italiens collectionnés au XVIIIe siècle par Pierre-Jean Mariette a paru

L'ouvrage pèse dix kilos. Il y a là quatre volumes. Ils font l'inventaire des feuilles retrouvées. Environ 2500 sur 4000. Il y a treize ans qu'une association travaille sur le projet Mariette.

Le portrait de Pierre-jean Mariette par le miniaturiste Massé (qui fut à PAris le maître de Liotard).

Crédits: DR

Deux cents cinquante dessins des Carrache. Trente-six de Raphaël. Douze d'Andrea del Sarto. Ce sont là quelques perles de la collection italienne de Pierre-Jean Mariette (1694-1774). A sa mort, le Français possédait 9400 feuilles, pour la plupart de grande qualité. Sa vente après décès dura des semaines. La Couronne devait acheter là 1266 pièces, aujourd'hui conservées au Louvre.

«Prince des collectionneurs», Mariette a toujours fait rêver aussi bien les historiens que les amateurs. Les premiers admiraient non seulement les œuvres, mais la pensée de celui qui fut l'un des premiers grands historiens de l'art français. Les seconds avaient envie de posséder l'une de ses feuilles, marquée de son cachet et si possible encore dans son montage d'origine. Il est toujours d'une certaine couleur indéfinissable, que l'on appelle aujourd'hui le «bleu Mariette». Plusieurs expositions ont été consacrées à l'homme. La dernière, en 2011-2012, saluait au Louvre la sortie des deux volumes consacrés à ses dessins français. Une première somme, due à une équipe constituée par Pierre Rosenberg chez lui à Paris, il y a treize ans, avec de jeunes chercheurs. Il convient ainsi de citer Laure Barthélémy-Labeeuw, Marie-Liesse Delcroix et Stefania Lumetta.

L'inventeur du catalogue de vente

Le mécénat, qui avait aidé à cette première publication, a-t-il encore servi? Toujours est-il que paraît aujourd'hui, pour le prix finalement modique de 420 euros, une brique de dix kilos. Dans ce cartonnage figurent trois volumes, plus en quatrième d'index. Il s'agissait d'abriter à la fois l'image et la description des quelque 2500 feuilles retrouvées sur les 4000 de l'ensemble italien. Ce n'est bien sûr pas fini! Il restera encore à pourchasser dans le monde entier, puis à classer le fonds nordique. Une autre entreprise de grande envergure.

Mais qui était Mariette? L'héritier d'une dynastie d'éditeurs et de marchands de gravures. L'homme avait emmagasiné jeune une science prodigieuse, qu'il mit en 1722 au service de Pierre Crozat, sans doute l'homme le plus riche de France. Crozat possédait, lui, 19 000 dessins. A sa mort en 1741, Mariette en fera le catalogue descriptif, qui passe pour le premier moderne du genre. Tout le monde fait depuis du Mariette sans le savoir. En 1750, il vendit l'entreprise familiale pour s'acheter une sinécure. Le scientifique put alors s'adonner à ses recherches à plein temps.

Peintres collectionneurs

L'actuel ouvrage est somptueux. Cette somme s'adresse bien sûr aux professionnels, mais demeure d'un accès facile. C'est passionnant de voir à quoi ressemblait une grande collection au XVIIIe siècle. Il y avait eu dans le domaine graphique de grandes avant. Elles appartenaient souvent à des artistes comme Giorgio Vasari ou Peter Lely. Il en ira de même un peu plus tard avec les grands ensembles anglais, également réunis par des peintres. Il faudra un jour voir ce que possédaient Sir Joshua Reynolds ou Sir Thomas Lawrence. Avec eux, on compte toujours en milliers de pièces. Mais après tout, chez les modernes, il en est allé ainsi jusqu'aux années 1970. La donation Matthias Polakovits à l'ENSBA parisienne tourne autour des 4000 feuilles et celle des époux Baderou à Rouen, dont je vous ai récemment parlé, de 3000.

Pratique

«Les dessins de la collection Mariette, Ecoles italienne et espagnole», sous la direction de Pierre Rosenberg, aux Editions Somogy, 1528 pages, 3000 illustrations. Une exposition sera montée à partir de cet ouvrage au Louvre cet automne.

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