Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Cimabue découvert dans une cuisine s'est vendu plus de 24 millions d'euros à Senlis

Le fragment de polyptyque a été acquis par un privé. Il y avait huit candidats passionnés. Le tableau du XIIIe siècle a aussi intéressé les collectionneurs d'art contemporain

Le tableau, qui va sans doute passer chez un restaurateur,

Crédits: Actéon Enchères

Bon Dieu que c'est cher! Je vous ai récemment raconté l'histoire du petit panneau retrouvé par un commissaire priseur et authentifié grâce aux efforts du cabinet Eric Turquin de Paris. Sa propriétaire, une dame âgée, pensait que ce tableau très sale était une banale icône. Elle l'avait donc laissé dans sa cuisine, près de Compiègne. Les recherches ont démontré qu'il s'agissait là d'un fragment de polyptyque dû à Cimabue, le légendaire fondateur de l'école florentine à la fin du XIIIe siècle. Deux autres éléments de cette œuvre découpée en morceaux à une date inconnue sont connus à la Frick Collection de New York et à la National Gallery de Londres.

Eh bien la vente a eu lieu à Senlis comme prévu! Le tableau n'a pas été interdit de sortie, mais il n'a pas encore obtenu son autorisation non plus. Le Cimabue reste en attente. Il y avait pourtant des velléités d'achat pour le Louvre, qui possède le plus beau retable du maître, livré à une église de Pise vers 1285. Un gigantesque morceau de bien trois mètres de haut, ce qui fait beaucoup par rapport aux 24,6 centimètres de «La dérision du Christ». En bon état, de plus! «Modestement» estimé entre 4 et 6 millions d'euros, le tableau en a obtenu au final 24 180 000 chez Actéon. J'aimerais bien voir la tête de son ex-propriétaire. Seuls sept tableaux anciens ont rapporté davantage aux enchères.

Public nourri 

Pour ce qui est de l'acquéreur, la maison d'enchères ne précise rien. Abu Dhabi? Les Qataris en dépit du sujet? Le Getty? Non. On sait juste qu'il s'agit d'un inconnu richissime. D'aucun murmurent qu'il s'agit du couple chilien possédant la Collection Alana, aujourd'hui exposée en partie au Musée Jacquemart-André de Paris. Il y avait huit clients potentiels pour se battre à Senlis, devant un public estimé à 500 personnes. Parmi les gens intéressés, le Cabinet Turquin dit avoir reçu des demandes sérieuses de collectionneurs spécialisés dans l'art contemporain. «C'est là un phénomène complètement inédit pour nous.»

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