Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Château de Prangins propose à nouveau le Swiss Press Photo

Créé en 1991, le prix couronne les images réalisées pour les journaux du pays l'année précédente. Cette fois, c'est l'image d'un incendie à Bâle qui a décroché la médaille.

L'incendie à Bâle. C'est en fait juste un entrepôt de bois qui a brûlé

Crédits: Stefan Bohrer pour "Blick".

C'est la vingt-huitième ou la vingt-neuvième fois. Autant dire que la compétition n'est plus en rodage. Depuis 1991, les photographes du pays se retrouvent tous les douze mois en concours pour un Swiss Press Photo, l'anglais offrant le mérite d'aplanir les quatre langues nationales. Les auteurs envoient ce qu'ils pensent être leurs meilleures images, ou les plus parlantes, de l'année de travail écoulée. Il fallait naguère que celles-ci aient été publiées dans un médium suisse, mais il y a eu des assouplissements. Composé de sept personnes, le jury se retrouve donc avec une montagne de clichés à sélectionner. Il distribuera des prix dans plusieurs catégories, qui ne sont pas forcément des lots de consolation. Il reste cependant clair que les regards se tourneront en priorité vers le Swiss Press Photographer of the Year. Jusqu'ici, il s'est toujours agi d'un monsieur. Du moins à ma connaissance. La profession s'est peu féminisée en trois décennies. Il suffit de lire la liste des participant(e)s en fin de catalogue!

«And the winner is!» Pour 2018, le gagnant se nomme Stefan Bohrer. Il a pris le 27 juillet 2018 à Bâle la photo d'un incendie, quelque part au bord du Rhin. Les gens regardent l'épaisse colonne de fumée comme un spectacle, alors qu'il y a un danger chimique possible. Rien d'étonnant à cela! Je vous ai dit à quel point c'était la même chose, le 15 avril, 2019 aux abords de Notre-Dame de Paris en feu. L'image, qui a paru le lendemain dans le «Blick», offre le mérite devenu rare de parler d'elle-même. C'est un bon choix dans la mesure où la plupart des œuvres aujourd'hui exposées au Château de Prangins, après avoir passé par diverses villes helvétiques, ont besoin de béquilles. La légende qui dit tout. Ou alors les photos d'accompagnement, montrant l'avant et l'après.

La relève

Stefan Bohrer a 34 ans. Face à des noms comme Alain Coffrini ou Eddy Mottaz, il incarne la relève dans un métier déclaré mourant depuis vingt ans. Issu des multimédias, le Bâlois a finalement choisi les médias tout court. Après avoir été rédacteur photo chez Ringier, il est devenu photographe indépendant. La position la plus difficile à soutenir aujourd'hui. Dans son entretien avec Stefan, Bernhard Giger juge sa photo irritante, parce que trop parfaite. Il doit y avoir un truc. La photo de presse vit aujourd'hui avec l'angoisse paranoïaque d'avoir l'air potentiellement truquée. Ce qui me dérangerait dans le cas présent très moyennement. La vérité n'a parfois qu'une importance relative. Pensez à ce que réalisait dans les années 1950 Robert Doisneau! Mais vous savez bien que ne ne suis jamais d'accord avec personne.

Un joueur binational évoque des mains le drapeau albanais. L'image fait la couverture du catalogue. Photo Laurent Gilliéron, Keystone Photo

Et autrement? Eh bien, dans trois salles du bas (celles du haut étant réservées jusqu'au 8 décembre au World Press Photo), il y a plein d'images, tirées trop grand et parfois posées à plat comme des «sets» de table. Il s'agit pourtant là de la sélection de la sélection. Les acheteurs du livre d'accompagnement, qui constitue déjà un puissant filtre, ne retrouveront pas tout à Prangins. Certaines séries se révèlent incomplètes. D'autres demeurent tout simplement absentes. Seuls les gens primés ont un droit à se voir montrés au public, même romand.

Tous les malheurs du monde

Il y a bien sûr aux cimaises tous les malheurs du monde, même si nous ne sommes pas à "Visa pour l'Image" de Perpignan, qui réunit chaque septembre la crème des photoreporters. Un accent spécial se voit mis sur la Suisse. En particulier sa politique nationale, qui n'intéresse guère les Genevois. Oserais-je l'avouer? Je n'avais même par perçu l'an dernier qu'Alain Berset, dont de nombreux portraits figurent au cimaises, était président de la Confédération. Mais qui est-donc en 2019? Il va falloir que je renseigne.

la chrgée de communication du président Alain Berset par Nicolas Brodard. Photo Le Temps.

Une attention forte se voit également donnée à la vie quotidienne. Au sport. Au portrait. Mais pas à la culture, qui a disparu il y a quelques années des radars du Swiss Press Photo. Il y a en a certes, comme un portrait aquatique de Pippilotti Rost. Mais au compte-gouttes, si j'ose dire. Et dans une autre rubrique. La culture ne doit pas faire assez sérieux. Ni sembler aussi «porteuse» que le football ou l'alpinisme. La preuve! C'est un instantané de Laurent Gilliéron montrant un joueur binational suisse-albanais qui fait la couverture. Une photo certes primée, mais qui me semble conventionnelle. Attendue. Un brin racoleuse. Il y avait pourtant une autre image de sport à retenir. C'est celle de Fabrice Coffrini montrant le bas des jambes de deux coureurs. A gauche le Kénian Conseslus Kipruto. Noir. Pied nu. A droite le Marocain Souliane El Bakkali. Chaussures à crampons. Née d'un accident (Kipruto a perdu un soulier au départ), le résultat dégage une force extraordinaire. Et quel cadrage!

Pratique

«Swiss Press Photo», Château de Prangins, Prangins, jusqu'au 23 février 2010. Tél. 022 994 88 90, site www.chateaudeprangin.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 17h.

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