Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Château de Nyon présente à son tour Gilles Caron. En noir et blanc, cette fois!

Après Focale, qui a montré les travaux inédits du reporter photographe en couleurs, voici en face les images célèbres de Mai 68, du Biafra, du Vietnam ou de l'Irlande.

La rue Saint-Jacques, Paris, 10 juin 1968.

Crédits: Courtesy Fondation Gilles Caron.

Gilles Caron II. Le retour. Je vous ai récemment parlé de l’exposition que la galerie Focale de Nyon propose jusqu’au 1er novembre. Sa particularité est de réunir les travaux inédits en couleurs du photographe français, disparu au Cambodge en avril 1970. Je vous avais déjà dit que cette présentation se retrouverait plus tard jumelée avec une autre présentation au Château, juste en face. C’est aujourd’hui chose faite. L’accrochage a été verni samedi soir dans une intimité d’autant plus grande que la ville subissait une coupure de courant. L’actuelle manifestation dure, elle, jusqu’au 15 novembre. Autrement dit un petit mois.

Le parti-pris se révèle ici fort. Il y a des tirages noirs et blancs de taille normale, plus d’énormes agrandissements réalisés par Aurélien Garzarolli, qui s’est également chargé de la mise en scène. D’où une grande cohérence. L’économie fait parfois bien les choses. Montée au Musée Rath genevois avec des centaines de milliers de francs, la rétrospective Fred Boissonnas n’offre pas la même clarté de point de vue, ni de présentation. Le Château fait beaucoup avec peu de chose. L’idée de gainer de gros plots supportant des livres de photos célèbres de Gilles Caron structure ainsi l’architecture intérieure du rez-de-chaussée, là où se trouvait il y a encore peu Jean-Luc Godard.

Un monde en éruption

Je vous rappelle que Caron, mort à 31 ans, a réalisé son oeuvre en à peine un lustre (1). L’actualité était comme en éruption avec cet homme qui parvenait à réaliser deux sujets par semaine. Il ne faut pas imaginer qu’elle se révélait plus riante qu’aujourd’hui. Le temps lisse les aspérités. L’époque de Caron était celle du Vietnam, de la famine au Biafra, de Mai 68 et ses suites, de la crise cambodgienne, du conflit civil en Irlande du Nord, de la Guerre des Six Jours et je vous en passe. Il y avait juste pour Caron, photographe-à-tout-faire, des pauses parisiennes avec un défilé de mode ou un tournage de film. A ce propos, un demi siècle a ici aussi passé. Comme me l’expliquaient les organisateurs au Château, les jeunes visiteurs ne se montrent pas davantage capables d’identifier Romy Schneider que le général de Gaulle. Je m’en sens soulagé de ne pas reconnaître en photo Rihanna. A chacun sa génération.

Gilles Caron au travail en décembre 1968. Photographe inconnu. Photo Courtesy Fondation Gilles Caron.

Aurélien Garzarolli, dont d’aucuns feraient bien de réclamer les services, a également tiré en très grand certaines planches contact de Caron (dont l’ultime réalisée au Cambodge). Cela permet au visiteur de sentir comment s'opère le choix de la «bonne image» parmi dix ou vingt autres. Quel Daniel Cohn-Bendit retenir par exemple face à la police en mai 1968? Caron l’avait choisi narquois. La chose requiert un œil, qui suit un peu le goût du temps. Je me souviens ainsi d’avoir visité à Zurich une exposition Werner Bischof. Du grand photographe suisse, disparu lui en 1954, il y avait aussi des planches contact. Eh bien, trente ans plus tard, le public n’eut sans doute pas choisi le même sujet dans le même cadrage. Le regard collectif avait un peu changé.

Savoir rester modeste

Très réussie, cette seconde exposition Gilles Caron sait rester modeste. Il s’agit là d’une petite chose, accompagnée du long-métrage «Histoire d’un regard» de Mariane Otero. Le problème, c’est qu’il y a longtemps qu’on n’a pas vu à l’Elysée (fermé depuis quelques jours vu sa longue préparation pour le déménagement à Plateforme10) une aussi bonne réalisation depuis bien longtemps.

(1) Un lustre dure cinq ans.

Pratique

«Gilles Caron au Château», place du Château, Nyon, jusqu’au 15 novembre. Tél. 022 316 42 73, site www.chateaudenyon.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h jusqu’au 31 octobre, puis de 14h à 17h.

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