Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le château de Morges raconte aujourd'hui Marguerite de Savoie, "la fille du pape"

La princesse est née à Morges en 1420. Son père était alors duc de Savoie. Il ne deviendra pape (laïc!) qu'en 1439. A cette époque, Marguerite était déjà veuve.

Le portrait des trois épouses successives du comte de Wurtemberg, en photo à Morges. Marguerite se trouve à droite.

Crédits: DR.

Elle a été duchesse d’Anjou, comtesse du Maine et de Provence, reine consort de Naples, reine de Jérusalem, électrice palatine en Allemagne et finalement comtesse de Wurtemberg. Marguerite de Savoie a beaucoup épousé, même si son score reste très loin derrière celui de Liz Taylor. Morte en 1479 à Stuttgart, la dame fait aujourd’hui l’objet d’une exposition au château de Morges. Choix logique. Elle y est née en 1420 (ou 1421). Un hasard de l’Histoire. S’il n’ avait pas eu d’épidémie de peste en Savoie, sa mère eut sans doute accouché ailleurs que dans cette fortification périphérique. Les gens se montraient peu attirés par une vue imprenable sur le lac en ces temps-là.

Pour les organisateurs de l’exposition, qui a commencé sa carrière outre-Rhin, Marguerite (le prototype même du prénom princier à l’époque) était surtout «la fille du pape». Mais attention! Je signalerai aux téléspectateurs ayant vu trop de feuilletons sur les Borgia que l’ancien duc de Savoie Amédée VIII n’est devenu pontife qu’en 1439. Le Concile de Bâle ayant déposé l’un des deux papes concurrents du Grand Schisme (il y en a eu jusqu’à trois à la fois!), il avait ensuite été chercher à Ripaille ce laïc afin de le couronner dans la cathédrale de Lausanne sous le nom de Félix V. Amédée avait déjà eu le temps de marier Marguerite à Thonon en 1431. Par procuration. L’épouse avait 11 ans. Elle partira trois ans plus tard pour Naples, dont elle reviendra non sans peine à Genève veuve à 14 ans.

Cultivée et voyageuse

Amédée-Félix utilisera une nouvelle fois ce pion matrimonial. Il lui fera épouser l’un des principaux vassaux de l’empereur, l’électeur palatin. Le temps d’avoir deux enfants, et Marguerite se retrouvera en deuil. D’où une troisième union avec le comte de Wurtemberg, dont elle deviendra la troisième épouse. C’est lui qui l’enterrera. Fin de parcours pour une princesse cultivée, au réseau de correspondants abondant (il en subsiste de nombreuses lettres), et qui a beaucoup voyagé. Notamment à Saint-Jacques-de-Compostelle. Sa tombe a disparu dès le XVIe siècle. Le monument commandé par le veuf après 1811. Il n’existe donc plus pour documenter Marguerite que des manuscrits, des archives, et un étonnant collier en or et pierre précieuses.

Tout cela n’a hélas pas fait le déplacement. En tout cas pas le précieux bijou. L’actuelle exposition du château de Morges multiplie les fac-similés et les grandes photos en couleurs. Il y a cependant quelques originaux, dont l’un des trois contrats de mariage, à clauses apparemment innombrables. Plus quelques menus objets, sensés évoquer le Moyen Age finissant. Il y a heureusement le château lui-même, qui sert en temps normal de cadre à un musée militaire un brin poussiéreux. Les gens pressés se contenteront du catalogue, extrêmement bien fait.

Pratique

«La fille du pape», château de Morges, jusqu’au 4 juillet. Tél. 021 316 09 90, site www.chateau-morges.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

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