Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le Centre Pompidou fermera (une nouvelle fois ) en 2023. Ce sera pour quatre ans

La version "clôture totale" a eu la préférence de la ministre Roseline Bachelot. Personne ne rappelle que Beaubourg a déjà subi un énorme lifting en 1998-1999.

La façade avec "la chenille", en travaux depuis déjà un an.

Crédits: RTS.

Elle a choisi. Nouvelle arrivée rue de Valois à la tête d’un Ministère de la Culture ressemblant fâcheusement à un avion doté de sièges éjectables, Roselyne Bachelot a trouvé deux projets pour le Centre Pompidou. Le bâtiment ne se porte pas bien. Il lui faut, comme le Grand Palais ou Carnavalet (qui dépend, lui de la Ville de Paris), des travaux pharaoniques. Un chantier exigeant une fermeture partielle ou totale. La ministre a finalement opté pour une clôture complète à partir de 2023. Quatre ans (au mieux) sans Beaubourg! Elle a déclaré au «Figaro»avoir opté pour une variante «moins longue et un peu moins chère». Il y en aura pour 200 millions d’euros (au mieux), au lieu de 226. Roseline ne sera sans doute plus aux commandes de toute manière quand les différents entreprises seront parties vers 2029 en ayant dépensé dans les 270-280 millions…

Qu’est-ce qui ne ne va dans le bâtiment futuriste de Renzo Piano et Richard Rogers, inauguré le 31 janvier 1977? Un peu tout. Il se révèle à nouveau très fatigué, la fréquentation étant le triple de celle prévue au départ (25 000 visiteurs par jour au lieu de 8000). Il y a de l’amiante, notamment autour des baies vitrées. Certains parcours sont à repenser. La «chenille» qui grimpe les six étages avec ses escaliers roulants se retrouve déjà en travaux depuis plus d’un an, alors que le parvis devant le Centre tient du foutoir intégral vu qu’il sert de dépotoir au chantier. «Nous n’avons plus le choix», explique le directeur Serge Lasvignes, reparti pour un second mandat en avril 2020. «Le bâtiment est en souffrance.» Vous avez noté que le grand mot s’est vu lâché. Tout, et surtout tout le monde, vit «en souffrance» dans notre société victimaire, des poules en batterie aux membres de la CGT.

Débouchés pour les collections

Il va donc falloir que le Centre se trouve des débouchés entre 2023 et 2027. Son musée en possède de naturels avec son antenne de Metz, ouverte en 2010 et les franchises de Malaga, de Shanghai ou Bruxelles. Sans parler des «partenaires» que sont devenus les musées de Rouen, Toulon ou Clermont-Ferrand. N’empêche que les collections ont gonflé comme des baudruches depuis 1977 pour arriver à environ 120 000 numéros. Six fois plus qu’au départ pour un Musée d’art moderne n’ayant jamais eu le dépôt permanent généreux dans les institutions de province. Les têtes pensantes, dans ce lieu où ne règne à ce qu’on dit pas l’harmonie universelle, réfléchissent donc afin d’aboutir à des solutions pratiques. Il n’est pas question de laisser ce patrimoine tomber en jachère. Il faudra aussi trouver un moyen pour que la bibliothèque archi-fréquentée puisse continuer à fonctionner quelque part dans Paris…

Une chose me surprend pourtant. Mais je n’en suis pas avec Paris à un étonnement près. Comment se fait-il que personne ne vienne, ne serait-ce que dans la presse, rappeler un fait gênant. Le Centre a déjà subi depuis sa naissance une énorme campagne de travaux. Il a fermé fin 1997 pour pouvoir rouvrir, comme neuf, le 1er janvier 2000 afin de fêter dignement le nouveau millénaire. J’y étais. Or pendant les vingt-sept mois de chantier, ayant impliqué à un certain moment une fermeture totale au public, personne n’a apparemment parlé d’amiante et des autres problèmes. Le pire étant sans doute le fait que le bâtiment n’est pas édifié pour défier les siècles.

Le mauvais calcul

Un petit calcul fait ainsi peur. Si j’admets que la réouverture en 2027 marquera (si tout va bien) les 50 ans du Centre, celui-ci aura été fermé deux ans en 1998 et 1999. Un de fait en 2020, vu les travaux actuels qui auraient impacté la vie du musée sans la Coronavirus. Rajoutez quatre ans. J’arrive à un minimum de sept ans pratiquement ou totalement «sans» sur un demi siècle. C’est beaucoup. Et c'est cher. On construisait plus solide au temps des bâtisseurs du Louvre ou de la Gare d’Orsay!

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