Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

C'est reparti! Le Centre d'Art contemporain présente les Bourses genevoises de 2020

La Ville a divisé un prix en deux, donné un autre en entier, soutenu un photographe et distingué un "plus de 35 ans". Un vieillard quoi! Je vous raconte l'exposition.

  • L'affiche des Bourses, version sur fond noir.

    Crédits: Ville de Genève.
  • L'affiche pour les Bourses, version sur fond noir.

    Crédits: Ville de Genève.

C’est annuel, comme les feuilles d’automne qui suivront inévitablement peu après. La Ville de Genève décerne en septembre ses Bourses Berthoud, Lissignol-Chevalier et Galland, fondues afin de créer des pots communs. La distribution des prix s’accompagne d’une exposition au Centre d’Art contemporain (CAC). Son minimalisme actuel succède au maximalisme de sa magnifique présentation «Scrivere designando», qui restera l’un des (rares) événements genevois dans le domaine des beaux-arts en 2020. J’espère que vous avez été voir ça, comme je vous l’avais conseillé.

Les Bourses existent depuis 1955. Il serait intéressant de montrer une fois les créateurs couronnés cette année-là. Qui sont-ils? Que sont-ils devenus? Des inconnus pour la plupart, sans doute. Il n’y a pas de place depuis non plus pour tant d’artistes dans une aussi petite ville que la nôtre. La cuvée 2020 succède ainsi à celle de 2019, en attendant celle de 2021. Il y a là quelque chose de terrifiant, même si l’on apprend avec plaisir que, cette fois, tous les nominés montrés sur deux étages du CAC ont reçus 2000 francs pour leur prestation. On commence (et «Le Courrier» y est pour beaucoup, grâce à Samuel Schellenberg) à considérer qu’en art aussi, tout travail mérite salaire.

La poire en deux

Le jury distribue aujourd’hui deux bourses, l’une allant aux «arts plastiques» et l’autre aux «arts appliqués». Comment se pratique de nos jours la subtile distinction entre les deux? J’avoue ne pas y voir clair. Toujours est-il que la seconde s’est cette fois exceptionnellement vue scindée en deux. Sébastien Gross, né en 1989, partage cette poire avec Laurence Rasti, qui est de 1990. Il s’agit de là travaux couillus, ou du moins ambitieux. On se croirait un peu en sociologie à l’Uni, où l’on ne rigole pas. Je vous donne les considérations des jurés, qui transforment tout en lieux communs. Voici pour Sébastien. «Le projet a été apprécié pour son angle d’approche du broutage (ou arnaque en ligne) et des inégalités encore présentes entre Afrique et Occident.» Wouah! Quand à Laurence, elle a su montrer le combat de deux femmes dont le corps se transforme. «Cela met également en avant la question de la représentation du féminin, qui ne se limite pas à une seule définition.» Il s’agit pour elle de traiter du genre. Voilà qui est nouveau. Yeah!

Une affiche de Thomas Perrodin. Photo Thomas Perrodin.

Restait les arts plastiques. Nicolas Cilins remporte la timbale à 35 ans, ce qui constitue le délai de péremption pour un jeune artiste. Le jury salue la «pertinence» («pertinence» est un mot arty très en vogue, NDLR) de son installation créée à Paris en plein confinement à partir d’archives et avec l’aide de femmes guyanaises aujourd’hui basées en banlieue. Vous dire à quoi le résultat ressemble m’est déjà devenu impossible. Le problème avec les Bourses, c’est qu’elles sont oubliées aussitôt vues. J’avoue m’être davantage concentré sur les peintures de Gustave Didelot ou de Ye Xe montrées juste à côté. Malheur à moi qui pensait, en regardant tout cela, au corrosif roman «Térébenthine» sur les écoles d’art dont je vous parlais l’autre jour (1).

L'affichiste reconnu

Trois prix accompagnaient en 2020 les lauréats que j’ai cités. Nicolas Crispini obtient une bourse afin de compléter son projet photographique sur les lointaines conséquences d’Hiroshima aux Japon et aux USA. Pour une fois, ce n’est pas un petit jeune qui se voit encouragé. Sans être un vétéran (les photographes deviennent en général très vieux), il frôle aujourd’hui la soixantaine et a déjà d’importantes séries derrière lui, dont les «Nids» que j’aime beaucoup. Une enveloppe a encouragé la médiation à l’Usine grâce au travail d’Hélène Mateey et de Léa Genoud. Une bourse a enfin été décernée à un «plus de 35 ans». Elle est allée à Thomas Perrodin, qui l’a bien méritée. Il s’agit pour lui de publier ses affiches. Vous les avez sans doute vues, même si elles restent dans la même marginalité que les spectacles qu’elles annoncent. Avec des gens comme Perrodin, on se dit que l’affiche suisse, si vigousse de 1900 à 1950, existe encore. La Ville aurait mieux fait de lui commander celle de l’exposition au CAC, à la place de la sainte horreur qui se voit placardée pour annoncer les Bourses.

Bonne mise en scène

En revanche, la présentation des œuvres au CAC se révèle parfaite en tenant compte de la marchandise. Moyenne et sans surprises. La maison aujourd’hui dirigée par Andrea Bellini se montre toujours sensible à ce qui forme davantage qu’un emballage. J’en suis d'ailleurs souvent emballé!

(1) www.bilan.ch/opinions/etienne-...

Pratique

«Bourses de la Ville de Genève 2020», Centre d’Art contemporain, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, jusqu’au 11 octobre. Tél. 022 329 18 42, site www.centre.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

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