Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le célèbre Complesso dei Girolamini de Naples tombe en ruine.... à cause de sa restauration interrompue

Il y a eu un projet. Puis une variante. Ensuite l'arrêt des travaux. On en arrive aujourd'hui aux retraits de financements et aux procès

Le chantier abandonné.

Crédits: Photo tirée du site de "Il Giornale dell'arte"

C’est une histoire napolitaine. Comme à Istanbul (voir l’article situé un case plus haut dans le déroulé de cette chronique), elle tourne d’un église en péril. Mais les raisons ne sont pas les mêmes. Sont ici en cause l’incurie du Sud, la tentaculaire bureaucratie italienne et une bonne dose de malhonnêtetés. Jugez plutôt! L’article que je reprends et résume a paru en ligne sous la plume de Tina Lepri dans «Il Giornale dell’arte» du 21 août.

Nous sommes dans le vieux Naples. Parmi les nombreux monuments en péril figure de Complesso dei Girolamini, depuis longtemps fermé au public. L’église San Filippo Neri du XVIe siècle part en morceaux. Les tableaux souvent prestigieux de la Quadreria attendent des restaurations (certains en ont cependant déjà subi). Il y a surtout la bibliothèque historique, mise sous séquestre judiciaire en 2012. Riche de 180 000 volumes, elle a été littéralement pillée par son ancien directeur Marino Massimo De Caro (en Italie on donne les noms, contrairement à Genève…). Ce dernier a vendu des centaines d’ouvrages précieux, dont des incunables, qu’il avait précédemment soustraits dans des rayons. Il a ainsi fini par se faire pincer.

Participation de l'Europe

Il y avait un beau projet global pour les Girolamini. Oh, accouché dans la douleur! Il avait fallu de 2013 à 2015 pour le mettre sur pieds. Le Conseil de l’Europe avait ensuite accepté d’entrer dans la combinaison financière. Il était prêt à mettre 7,7 millions d’euros. L’architecte a été choisi. Le chantier adjugé. Une entreprise est ainsi venue monter des tubulaires, tendre des toiles et créer des échafaudages à l’intérieur. Tout s’est alors gâté. Le plan de restauration n’était finalement pas le bon. Il fallait trouver une variante. Autre naissance au forceps. La dite variante a mis deux années supplémentaires à venir au monde. Le chantier était lui depuis longtemps au point mort. La Commune et la Surintendance avaient exigé l’arrêt des travaux en dépit du fait que les dégâts, dus à la longue attente, se multipliaient. Mieux vaut apparemment que l’édifice s’écroule dans les règles que d’être restauré contre les principes.

Quelques tableaux sont tout de même en restauration. Photo tirée du site de "Il Giornale dell'arte".

Aujourd’hui, les tubulaires rouillent et les herbes folles ont envahi le parvis de l’église. Un bout de pierre tombe de temps en temps. Le Conseil de l’Europe menace de retirer son apport, ce qui ne serait selon Tina Lepri pas une première fois. Classé en 1995 sur la Liste de l’Unesco, le centre historique de Naples cumule les retards et les scandales. L’entreprise de travaux menace de faire un procès. On immobilise son matériel, qu’on laisse se détériorer. Seule la responsable ad intérim des Girolamini se dit optimiste. Selon Simonetta Buttò, le chantier est sur la bonne voie après pas mal d’errances. Le Complesso en ressortira plus beau (et surtout plus solide) qu’avant. Un seul problème. Le mandat de Simonetta tombe en septembre. La dame pourra se tirer les flûtes. Son remplaçant vient d’être nommé par le Ministère de la culture. Tina Lepri lui souhaite bonne chance.

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