Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le "BP Portrait" Award" s'expose à la Londres jusqu'en octobre. Le lauréat a 27 ans

Il y a toujours plus de candidats pour cette récompense, qui va par définition à une oeuvre figurative plus ou moins traditionnelle. "Imara" de Charlie Shaffer a séduit le jury.

Le portrait d'"Imara", une étudiante en littérature. Tableau peint en hiver!

Crédits: Charlie Shaffer, Photo National Gallery, Londres 2019.

C'est la trentième année. Il y a, comme cela, beaucoup d'anniversaires en 2019. Le «BP Portrait Award» peut donc se dérouler dans une atmosphère festive à La National Portrait Gallery (NPG) de Londres. Il s'agit d'un événement attendu, en tout cas par les artistes. Il y avait cette année 2538 candidatures. Le chiffre augmente à chaque édition. Il faut dire que les conditions ont évolué depuis la création de cette récompense dédiée au portrait, genre britannique s'il en est. L'âge plafond a disparu. La chose a été vue comme discriminatoire, ce qui me semble juste. Les postulants peuvent maintenant venir de l'étranger. 84 pays se voyaient représentés en 2019 (1). Il y a par ailleurs énormément de peintres aux noms exotiques parmi les artistes vivant au Royaume-Uni. En tout cas parmi ceux qui se voient exposés à la NPG avec une petite biographie. La dernière sélection.

Tout cela se tient. Vous n'imaginiez tout de même pas que la NPG, aujourd'hui dirigée par Nicholas Cullinan, allait tout montrer à ses visiteurs. Figurer aux cimaises tient du coup déjà d'un succès. Il y a en tout une cinquantaine de places disponibles. Notons que le lieu a changé cette année. La rétrospective Cindy Sherman a occupé les espaces normalement voués au prix. Plus quelques autres. Cela dit, avec elle, le musée dévie une nouvelle fois un peu. L'Américaine n'offre rien de bien national. La photographe ne réalise pas à proprement parler de portraits. Utilisant son corps et son visage, elle personnifie toutes les femmes avec l'aide de perruques et de maquillage.

Parfois proche d'une photo

Mais revenons au Prix BP. Tous les tableaux présentés relèvent bien sûr de la figuration. En général classique. Certaines toiles se distinguent à peine d'une photo, vues de loin. Certains participants, notamment les plus jeunes, se livrent ainsi à des assauts de virtuosité. Beaucoup sortent des écoles. D'autres se déclarent autodidactes. De toute manière, les Britanniques gardent une vision large de l'art contemporain. Le conceptuel tolère le traditionnel. Il y a même des va et vient. L'actuelle présentation de Tracy Enim au Musée d'Orsay à Paris (visible jusqu'au 22 septembre) comprend ainsi des dessins de nu féminin tout ce qu'il y a de plus réalistes.

"The Crown" de Carl-Martin Sandvold. Photo National portrait Gallery, Londres 2019.

Il fallait un gagnant. C'est cette fois l'image d'Imara, exécutée par Charlie Shaffer. Le jeune artiste (il est né en 1992) vient de Brighton, où il a étudié et où se trouve son atelier. La récompense se monte à 35 000 livres. Elle comprend en plus une commande faite par la NPG. Il s'agit de faire démarrer une carrière. Beaucoup d'Anglais, heureusement, continuent à se faire peindre, eux et leurs enfants. Aucune star internationale n'a certes émergé grâce au BP Award, mais certains gagnants poursuivent du coup une très honorable trajectoire. Ainsi en va-t-il de Stuart Pearson Wright, millésime 2001, dont les toiles reflètent une forte personnalité.

Faire l'affiche

Le second prix (12 000 livres) est allé à Carl-Martin Sandvold pour «The Crown». Aucun rapport avec le feuilleton de Netflix sur la vie d'Elizabeth II. Il s'agit d'un autoportrait dans les flous. Le troisième (10 000 livres) s'est vu décerné à Massiliano Pironti. Il a montré sa grand-mère de 95 printemps dans sa cuisine sous le titre un peu sinistre de «Quo Vadis?» Frances Borden, non lauréate, a bénéficié d'une autre forme de publicité. C'est elle qui faisait l'affiche avec une figure de femme habillée d'un rouge strident.

Ce sera reparti pour un tour en 2020.

"Quo Vadis?" de Massimiliano Pironti. Photo Nationale Portrait Gallery, Londres 2019.

(1) A titre de comparaison, il y avait 2187 candidatures venues de 74 pays en 2012.

Pratique

«BP Portrait Award», National Portrait Gallery, Saint Martin Place, Londres, jusqu'au 20 octobre. Tél. 004 20 73 06 00 55, site www.npg.org.uk Ouvert tous les jours de 10h à 18h. Entrée gratuite à l'exposition.





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