Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le bâtiment regroupant à Lausanne le Mudac et l'Elysée se visitera en novembre

Mais attention! Il s'agit encore de "Journées portes ouvertes". C'est Christian Marclay qui sera en charge de donner à l'événement une forme artistique.

Christian Marclay au Mamco en 2020. Crédits: Tribune de Genève

C’est pour le 4 novembre. Dans les temps, et sans doute aussi dans le budget. Plateforme10, à Lausanne, aura su éviter les écueils que l’on connaît dans bien des villes incapables d’une véritable gestion, pour ne pas parler d’une simple planification. Ce jour-là se déroulera officiellement la remise des clés du bâtiment contenant, empilés l’un sur l’autre, le Mudac et l’Elysée. Je rappelle que son architecture, marquée au centre par une brisure évoquant soir l’éclair soit la potiche cassée, est due aux Portugais Manuel et Francisco Aires Mateus.

Selon un schéma désormais connu, et appliqué aussi au Kunsthaus de Zurich, la remise sera suivie par des Journées portes ouvertes. Destinées «à tous les publics», ce qui prouve un certain optimisme sanitaire, elles auront lieu le samedi 6 et le dimanche 7 novembre. Il s’agit de montrer l’édifice «dans sa pureté architecturale». Il faut dire que ce dernier a donné l’impression de mettre son temps à pousser. L’Elysée demeurant souterrain, une grande partie des travaux s’est passée en sous-sol. Dès le début 2021, les murs extérieurs se cependant sont mis à grimper comme des champignons. Chaque fois ou presque que je passe en train (la meilleure manière de voir le chantier), j’ai l’impression d’un progrès…

Un artiste inclassable

Il fallait, toujours selon le schéma habituel, un artiste pour habiller le bâtiment nu. Restons décents! Le choix est tombé sur Christian Marclay. Souvent qualifié d’Américain dans la mesure où l’homme est né à San Rafael Californie en 1955, Christian est redevenu Suisse pour l’occasion, même s’il travaille depuis longtemps à Londres. Je rappelle que Christian a été formé à partir de 1975 à l’ESAV genevois, devenu depuis la HEAD. Il reste très lié à la scène locale depuis son époque Fluxus. Marclay s’est toujours présenté comme un inclassable, pris entre les beaux-arts et la musique. Une position pourtant typique des gens de sa génération.

Marclay fait surtout son miel de créations pré-existantes, ce qui caractérise aussi notre époque. Il cite beaucoup. Je rappelle à ce propos son chef-d’œuvre, «The Clock», qui lui a valu le Lion d’or à la Biennale de Venise en 2011. Il s’agit d’un collage de milliers d’extraits de films américains, d’une durée de vingt-quatre heures. Chaque plan présente une horloge ou une montre indiquant la minute correspondant à celle de la projection dans la salle. L’artiste avait auparavant compilé les appels de téléphone dans les productions hollywoodiennes depuis les années 1940.

Au Mamco en 2020

Marclay, dont le Mamco a encore présenté en 2020 «To Be Continued» (1), a souvent travaillé «dans» et «avec» les musées. Il a ainsi joué dès 1995 avec les collections du MAH genevois (avec davantage de bonheur qu’aujourd’hui Jakob Lena Knebel). Il a répété l’opération aussi bien au Kunsthaus alémanique que dans le Whitney new-yorkais. La numérisation des collections institutionnelles le passionne aujourd’hui. Cet archivage visuel, librement mis en ligne, «donne un aperçu de tout ce qui a été conservé.» Il offre aussi un côté bourgeonnant et presque aléatoire. Une chose parfaite pour Marclay qui aime les juxtapositions insolites. «Des objets montrés sans rapports entre eux donnent libre cours à l’imaginaire.»

Le 8 novembre, le musée refermera ses portes pour quelques mois. Ouverture réelle, avec des expositions de l’Elysée et du Mudac, en juin 2022. Si tout va bien. Mais jusqu’ici, tout est bien allé.

(1) C’est un de mes remords de 2020. J’ai tellement attendu pour vous en parler, avec un entretien avec Marclay à la clef, que c’était devenu trop tard...

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