Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Le 14 juillet au cinéma. Y a-t-il vraiment de quoi faire la fête?

L'événement a peu inspiré les cinéastes. Aucune superproduction à ce jour. La journée fériée davantage. Voici quatre films qui ont voulu faire date.

Croyez-le ou non. Le 14 juillet 1789 attend toujours son grand film français. La prise de la Bastille exigerait bien sûr un lourd investissement. Utiliser un Versailles quelque peu modifié depuis deux siècles coûte bien évidemment moins cher. Et puis comment dire… Les réalisateurs ont toujours préféré nous montrer un XVIIIe siècle léger et un brin libertin que les journées révolutionnaires. Le «Danton» de 1983 a ainsi été réalisé pour la Gaumont par Andrzej Wajda. Je vais quand même vous parler de quatre films où le 14 juillet tient un rôle central.

1933: Paris en liesse

René Clair avait passé le cap du parlant avec "Sous les toits de Paris" en 1930. Le futur académicien y montrait un petit peuple sentimental et sympathique. Trois ans plus tard, il a rebelotté avec "14 juillet", alors que la Crise commençait à se profiler en France. Tout est tourné en studio, avec une Annabella s'apprêtant à devenir star internationale à Londres et Hollywood. Acclamé alors, ce long-métrage a un peu vieilli. C'est ce qui explique aujourd'hui la rareté de ses projections. (Photo DR).

1935: On prend la Bastille

C'est un classique de Charles Dickens, dans le genre historique. Il s'est vu filmé un nombre incalculable de fois. "A Tale of Two Cities" montre la France révolutionnaire sous ses traits les plus noirs. Les sans-culottes n'y sont pas précisément des enfants de choeur. Une séquence de la version 1935 (la plus connue) montre la prise de la Bastille, réalisée avec certains moyens. Son auteur Jack Conway est par ailleurs un réalisateur hollywoodien tout ce qu'il y a de plus professionnel. Cela dit, cette superproduction réactionnaire de la MGM a aujourd'hui bien des rides. Dans le genre, regardez plutôt "The Reign of Terror" (1949), un chef-d'oeuvre d'Anthony Mann. Ou "Caroline chérie" (1950) de Richard Pottier, qui commence précisément l'après-midi du 14 juillet 1789...

1938: l'épopée de "La Marseillaise"

Entre le Front populaire et la guerre, Jean Renoir a voulu faire son épopée. Côté production, le film était monté en coopérative. "La Marseillaise" a du coup manqué de moyens financiers. Le réalisateur entendait, en dépit de son engagement de gauche, faire la part des choses. Une séquence parle de la Bastille, mais après la chute. Un aussi gros décor serait autrement resté impensable. Là aussi, le résultat a mal passé le cap des années. Jean Renoir devait se rattraper peu après avec "La bête humaine" et surtout "La règle  du jeu" (photo DR).

1952: la journée folle du 14 juillet

Julien Duvivier était le plus noir des réalisateurs français. Il a voulu réaliser une comédie en 1952. On y voit deux scénaristes imaginer une histoire se déroulant le jour de la fête nationale. Elle se faisait et se défaisait au fil de leurs échanges. Le long-métrage opposait la fade Dany Robin et le peu inspirant Michel Auclair. Hildegarde Neff (ou Knef) y mettait heureusement du piment. Le sujet a été repris à Hollywood pour "Paris When It Sizzles" de Richard Quine en 1964. Sans succès... et sans 14 juillet.

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