Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Autrichien Lois Weinberger, qui se voulait "homme de terrain", est mort à 72 ans

L'artiste traitait de nos rapport avec la nature et l'histoire. C'était un conceptuel très concret. Le Museum Tinguely de Bâle avait encore montré son "Debris Field" en 2019.

Lois Weinberger en 2017.

Crédits: Wikipédia

On ne peut pas dire que la nouvelle ait fait les gros titres dans la presse francophone. C’est sans surprise «Libération» qui aura donné, sous la plume de Clémentine Mercier, le plus gros article sur le décès de Lois Weinberger à 72 ans. Chaque quotidien choisit aussi bien ses morts que ses vivants. Il y avait chez l’Autrichien un relent de marginalité à même de séduire un journal se croyant encore contestataire, alors qu’il satisfait d’ex-gauchistes aujourd’hui rangés des voitures.

Lois (et non Louis) était né à Stams, dans le Tyrol. L’homme était issu d’une famille paysanne, installée depuis des siècles sur la même terre. Un tout petit domaine, sept hectares, qui dépendait jadis d’une abbaye cistercienne locale. Inutile de précise que ce milieu simple et traditionnel se prêtait mal à une vocation artistique. Lois adonc commencé par devenir forgeron, ce qui peut passer pour une étape. Pensez aux chefs-d’œuvre de la ferronnerie que sont les grilles de la Place Stanislas à Nancy ou au contenu du Musée Le Secq de Tournelles à Rouen, voué aux arts du fer! Le débutant a tout de même assez vite fini dans une école d’art de Vienne.

Une percée difficile

Il aura fallu énormément de temps à Weinberger pour se faire connaître, ou plutôt reconnaître. La véritable consécration lui est venue en1997 avec la Documenta X de Kassel. Le quinquagénaire avait conçu pour elle un beau projet, à la fois conceptuel et concret. Il ne faut pas oublier qu’il se voyait avant tout comme «un homme de terrain». Un homme à même de réconcilier nature et culture. Lois avait donc imaginé de planter sur une ligne de chemin de fer abandonnée des graines venues des pays du Sud pour les acclimater. Il parlait de «mixité botanique». Les voies ayant cessé de se voir exploitées servent depuis longtemps d’imprévisibles biotopes. Abandonnée à elle-même, la terre sait vite reprendre ses droits. Elle fait même désormais ce qu’elle veut.

Quelques-uns de objets exhumés pour le "Debris Field". Photo Paris Tsisos, Lois Weinberger, Museum Tinguely, Bâle 2019.

Vingt ans plus tard, l’Autrichien récidivait lors de la Documenta XIV, répartie entre Kassel et Athènes. Il proposait là sa création la plus importante, même s’il n’était en fait l’auteur de rien. «Debris Field», un travail poursuivi de 2010 à 2016, consistait en une archéologie de la ferme familiale. Les six siècles de cette dernière avaient permis l’accumulation de couches sédimentaires dans le sous-sol et l’accumulation de déchets dans les greniers. Weinberger allait ramener tout cela au jour. Il voulait ainsi écrire l’histoire d’une maison et d’une maisonnée. Il y avait là aussi bien des souliers d’enfants que de vieux journaux ou un chat momifié au XVIIIe siècle. C’était impressionnant, même si j’avoue n’avoir vu que la seconde version de «Debris Field», présentée en 2019 au Museum Tinguely de Bâle. Je vous en avais du reste parlé.

Un inclassable

Lois Weinberger restera un inclassable, signe évident d’originalité. Depuis son premier travail (qui consistait à mettre en vedette les déchets issus de la décrue d’un fleuve) à «Debris Field», l’artiste a montré l’action de l’humain sur le végétal. Il y a eu avec lui de l’écologie mâtinée d’histoire. Du campagnard comme du «land art». Du simple et de l’assez compliqué. Je dirais à la réflexion plutôt du complexe. Il faut toujours se méfier de ce qui semble trop évident. Les niveaux de significations me semblent aussi nombreuses chez le Tyrolien que les strates accumulées sous la ferme ancestrale de Stams.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."