Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Soulages, Anselm Kiefer et Giuseppe Penone pour le musée

Crédits: 24 Heures

«Petit déjeuner compris.» Le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCB-a) avait convoqué ce mardi 7 mars les journalistes romands, ou du moins ceux qui restent en place, pour un point de presse inhabituellement matinal. Huit heures et demie. Il s'agissait de donner des nouvelles. Comme nous sommes dan le canton de Vaud, et non à Genève, elles ne pouvaient se révéler que bonnes. En effet! Un million donné en liquide permet de boucler les comptes du MCB-a en construction à la gare, sur le plan des apports privés. Quant aux œuvres offertes pour les collections, elles garniront les murs dès l'ouverture du nouveau MCB-a en 2020. 

«Tout se passe selon le calendrier prévu», me glissait à l'oreille le Conseiller d'Etat Pascal Broulis avant les discours. «Le sous-sol est construit. Dans six mois, les murs arriveront à mi-hauteur. L'année prochaine, à pareille date, le gros œuvre sera à bout touchant.» On pense maintenant au financement des deux autres musées à construire près de la gare (Mudac et Elysée). Il faudra que le Grand Conseil vote le crédit voulu. Les recherches de fonds sont menées bon train du côté des privés. Plus de quinze millions ont déjà été réunis. «Il y a un moment où l'on sent que le vent tourne favorablement. Il suffit de voir une réunion comme celle d'aujourd'hui», complétait à mon intention sa co-équipière Anne-Catherine Lyon.

Le soutien d'Alice Pauli 

Effectivement! Les orateurs ont d'abord parlé du million. Il arrive de la Fondation Art et Vie, qui se partage entre la culture et la recherche médicale. Cette largesse a cependant son étroitesse. Elle obligera l'institution a monter tous les dix ans exposition sur le textile et la tapisserie. Mais je rappelle que le MCB-a abritera notamment la Fondation Toms-Pauli, dont la tapisserie ancienne et moderne constitue la raison d'exister. Et peut-être, mais là c'est moi qui extrapole, pourrait-on arriver un jour à un accord avec le Musée du costume, qui n'arrive pas à se créer à Yverdon-les-Bains, alors que les collections réunies là-bas sont assez impressionnantes... 

Les œuvres offertes maintenant. «Madame Alice Pauli a été à nos côtés dès les débuts», explique Bernard Fibicher, directeur du MCB-a. «Elle nous a encouragé lors du projet de Bellerive, rejeté en votation populaire. Elle a d'emblée accepté l'idée de la gare.» La galeriste fait aujourd'hui don d'un grand Pierre Soulages des années 1950. Le Français n'avait pas encore passé à l'«ultra-noir» qu'il aura décliné depuis sous des formes un peu décoratives. Il y a aussi un Anselm Kiefer «bien trop grand pour que je le garde chez moi», précise la donatrice, même si trois mètres trente de large reste du petit format pour l'Allemand, dont c'est une création récente. «Die Rheintöchter» réunit des gravures sur bois, de la peinture acrylique et du collage.

Un grand Jacques Sablet convoité par le Louvre

C'est avec Giuseppe Penone, un proche d'Alice Pauli, qu'on atteint au gigantesque. «Je lui avais demandé une sculpture. Il m'a apporté le magnifique projet de «Luce e Ombra», où l'ombre se trouve en haut et la lumière en bas.» Précisons qu cette pièce atteint véritablement le monumental. Quatorze mètres cinquante de haut. Bronze et pierre. 

Un dernier tableau, lui aussi d'une dimension respectable, se découvrait sur un chevalet dans la grande salle du MCB-a. C'est le «Bord de mer au crépuscule avec paysans napolitains dansant la tarentelle» de Jacques Sablet, exécuté en 1799. L’œuvre a été bloquée par la France en 2007. Le Musée Faesch d'Ajaccio aurait voulu l'acquérir, vu qu'il fut payé 6000 francs (une somme alors colossale) par le cardinal Faesch, oncle de Napoléon. Il n'a pas réussi à réunir l'argent. Le Louvre s'y est ensuite intéressé. Je me souviens d'avoir vu cette toile chez Jean-François Heim, un marchand parisien aujourd'hui établi à Bâle. Il la proposait à la TEFAF de Maastricht. C'est finalement la Fondation Gottfried Keller qui l'a achetée afin de la confier à Lausanne. Elle l'a fait sans que le MCB-a participe, comme il est de tradition à la Fondation, au financement pour moitié. 

Voilà! Pour une fois, pas de Félix Vallotton ni de Ferdinand Hodler! Tant mieux, finalement. Il est des artistes dont les musées romands possèdent déjà leur trop-plein, à moins d'une pièce vraiment exceptionnelle... 

Photo (24 heures): Alice Pauli prononce son discours, où elle réaffirme son soutien au nouveau musée. A gauche, Bernard Fibicher. Au centre, le Soulages.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."