Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Les Editions Noir sur Blanc fêtent leur 30 ans au Théâtre de Vidy

Crédits: Bilan

Sacrée soirée, comme aurait dit jadis Jean-Pierre Foucault à la télévision! Les Editions Noir sur Blanc fêtaient les 30 ans au Théâtre de Vidy. Rien là que de très logique. Reine de la soirée, même si elle ne donne jamais dans l'épate, Vera Michalski coiffe aussi le conseil de fondation de la scène lausannoise. De toute façon elle est partout, puisque pour la Suissesse l'argent suppose en priorité des devoirs. Celui d'encourager la culture en particulier, l'écrit venant en premier. On connaît l'aventure, qui tarde à se concrétiser, de son grand centre de création à Montricher, avec cabines pour écrivains en résidence.

A 18 heures 30, le lundi 3 avril, une petite foule arrive donc à Vidy, devant l'affreux bâtiment de Max Bill qui constitue un reste, que dis-je un résidus d'Expo 64. Il y a 400 places à l'intérieur. Il fallait confirmer. Tout commence par une réunion informelle dans le hall, entre deux chips et deux jus d'orange. Le petit monde de la pensée doit parfois se retrouver. Je reconnais aussi bien Caroline Couteau de Zoé que Doris Jakubec ou Pierre-Marcel Favre. Il y a dans l'assiatnce des survivants de la presse romande. Niels Ackermann, Swiss Press Photo, est là. Il s'apprête à montrer des images. Coup de chance, elles parlent de l'Ukraine, alors que Nord sur Blanc regarde résolument vers l'Est. Je vois encore Frédéric Pajak, qui a dessiné la couverture du programme de la (longue) soirée. Il s'agit d'un pilier de la maison, qui a bien bourgeonné depuis 1987. Vera Michalski a aujourd'hui plusieurs pieds en France avec les maisons Phoebus, Buchet Chastel, Les Cahiers du dessin, la Librairie polonaise de Paris et j'en passe. Plus bien sûr une assise éditoriale considérable en Pologne, dont son mari était originaire.

Lectures de textes

Mais c'est déjà (ou enfin) le moment de passer dans la salle. Compliments d'usage. Puis apparition de Pascal Schouwey, qui animera la soirée. C'est fou ce que Pascal peut animer, depuis que je l'ai connu responsable de la rubrique «locale» de la Tribune de Genève! C'est devenu notre Monsieur Loyal officiel. Il y aura par la suite un peu de musique, un peu d'images et surtout énormément de paroles. Vera Michalski a demandé «à chacun des auteurs pressentis, écrivains, illustrateurs, photographes... une contribution pour la circonstance, libre à eux d'en choisir la forme.» Une forme fatalement rédigée. Nous allons subir beaucoup de lectures, parfois en anglais, mais surtout en russe, en polonais ou en ukrainien. Il faut bien que, dans la pénombre, les assistants puissent en lire leur traduction dans le programme, qui tient du coup d'un livret d'opéra. Le problème, ou plutôt l'injustice, c'est que certains lisent mieux que d'autres. Tout le monde ne possède pas la faconde du Britannique Giles Milton, aussi théâtral que les théâtreux s'exprimant normalement à Vidy. 

Rythmée par le dessin projeté sur écran de Fanny Vaucher, adoubée par la maison pour la bonne raison que la Suissesse est partie s'installer à Varsovie, la soirée se voulait celle de l'ouverture intellectuelle et politique, alors que l'Est tend aujourd'hui à se fermer. Quand il avait lancé en 1966 L'Age d'Homme à Lausanne, recentré en 1973 sur le monde slave, Vladimir Dimitrievic pouvait compter sur le formidable crédit de sympathie suscité par les dissidents soviétiques, puis par les opposants polonais. C'est bien terminé, tout ça! Comme l'a tout de même dit un des intervenants, nous nous retrouvons devant une Russie belliqueuse, une Pologne réactionnaire et d'autres Etats tentés par l'hyper nationalisme. D'où un changement de ton, et c'est moi qui reprend la parole, alors que les mots Russie ou Pologne hérissent les gens les plus progressistes. Noir sur Blanc incarne une néo-dissidence qui doit réussir à persuader d'une continuité.

Autres anniversaires

Mais la soirée continue. Elle doit se terminer par un cocktail slave en musique, puis avec l'inévitable DJ. Nous sommes dans une fête d'anniversaire, même s'il n'y a pas de gâteau illuminé de bougies. La chose me rappelle qu'à Genève la plus modestes Editions des Sables célèbrent aussi leurs 30 ans et que D'autre Part en a compte 20 en 2017. C'est déjà beaucoup, de nos jours...

N.B. j'ai parlé un peu vite. Les premiers résidents à Montricher son arrivés le surlendemain de la fête, soit le 5 avril.

Photo (Bilan): Vera Michalski, créatrice de Noir sur Blanc, et animatrice de bien davantage de projets littéraires.

Texte intercalaire.

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