Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Le MCB-a expose Guillaume Pilet, Prix Buchet 2017

Crédits: Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne 2017

Pauvre Guillaume Pilet! Heureux Guillaume Pilet! Si la rétrospective Ai Weiwei du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCB-a), dont je vous parlerai bientôt, omnibule les regards, les foules qu'elle attire bénéficient aussi au lauréat du Prix Buchet 2017. Une partie des visiteurs se déverse forcément dans la salle abritant son installation. Il faut dire qu'elle répond bien à celle du plasticien chinois. Si ce dernier propose des sols recouverts de graines ou de fleurs blanches en porcelaine, Guillaume répandu dans la salle qui lui était réservée des papier bleu vif par terre. Ne manière d'unifier des œuvres par ailleurs hétéroclites. Né en 1984 à Payerne, la ville du saucisson et de l'abbatiale, le Vaudois fait partie de ce qu'on appelle les «créateurs multimédias». 

On a souvent vu Guillaume Pilet, qui a déjà reçu de nombreuses bourses et distinctions. Chacun sait que ces dernières tendent à déverser leur manne sur les mêmes débutants. C'est un peu comme pour le mariage avec un milliardaire, puis un autre et un troisième. Le plus difficile reste de décrocher le premier. Sorti de l'ECAL, le trentenaire a ainsi obtenu le Prix Visarte Vaud 2007, le Prix Mobilière Young Art 2008, deux Swiss Awards en 2009 et 2010, le Prix Kiefer Hablitzel en 2013 et la Bourse des Arts plastiques du Canton de Vaud en 2015. L'homme se révèle lémano-compatible, comme on dit dans le commerce. Il a co-dirigé l'Espace Forde de l'Usine, à Genève, ou les amateurs l'auront par ailleurs vu (mais pas en vedette) aussi bien à la Galerie Graff de Mourgue (2011) qu'au Centre d'art contemporain (2012) ou chez Blancpain (2013).

Un prix qui a une jolie liste de lauréats 

Pilet vient donc de remporter le Prix Buchet. Celui-ci s'est vu institué en 1993 par la fondation éponyme (je sais parfois utiliser de beaux mots) afin de perpétuer la mémoire du peintre Gustave Buchet (1888-1963). Ce dernier a vécu une fin de carrière assez pénible au pays natal, près avoir connu une brillante époque futuriste à Genève dans les années 10, puis une passionnante époque puriste à Paris durant la décennie suivante. Ce prix a déjà couronné Anne Blanchet, Christian Floquet, Jean-Luc Manz, Hervé Grauman ou le désormais très à la mode Philippe Decrauzat. Une jolie liste de références.

Qu'a fait Guillaume Pilet pour se montrer au MCB-a? Comme toujours des choses très diverses, même s'il n'y a cette fois pas de céramiques. Les murs offrent une foule de petits dessins, au style un peu naïf, ou alors enfantin. Il y a aussi deux tableaux abstraits et une sorte de sculpture murale face à l'entrée. Plus les papiers bleu, bien sûr! Le tout forme un «Biopic» personnel. Le mot a beaucoup servi à Hollywood pour des biographies historiques romancées, où la réalité se voyait toujours traficotée. Je pense ici aussi bien à «Juarez» de William Dieterle qu'au «Stanley and Livingstone» d'henry King, tous deux réalisés en 1939.

Un roman personnel

Pourquoi ce choix? Parce que, selon le lauréat, «n'importe quelle biographie d'artiste est racontée de façon romancée. On choisit les récits, et j'ai choisi de raconter le mien comme une histoire pour enfants.» Pilet a l’habitude du procédé. Son exposition «An Atlas of Dreams» (encore un titre en anglais!) se présentait déjà à la manière d'un concentré de drames. Pour quelle raison ne pas appliquer la même recette à sa petite personne et à son entourage familial? La prochaine étape devrait se révéler un opéra en 2018. En musique donc!

Pratique

«Guillaume Pilet, Biopic», Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, Palais de Rumine, 6, place de la Riponnne, Lausanne, jusqu'au 28 janvier 2018. Entrée gratuite. Tél. 021 316 34 45, site www.mcba.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11 à 18h, jusqu'à 20h le jeudi, jusqu'à 17h les samedis et dimanches.

Photo (MCB-a, Lausanne): Une oeuvre de Guillaume Pilet. Dans les bleus...

Tete intercalaire.

 

 

 

 

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