Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/"La collection Bührle suit une ligne", selon Sylvie Wuhrmann

Crédits: Sammlung E.G. Bührle

C'est l'exposition de l'année, du moins pour l'Hermitage de Lausanne. La Fondation n'en abritera pas d'autre en 2017. Il faut dire qu'il s'agit d'un accueil financièrement très important. La directrice Sylvie Wuhrmann voulait aussi lui laisser du temps. Il fallait éviter la ruée. En sous-titrant l'exposition des chefs-d’œuvre de la Collection Bührle «Manet, Cézanne, Monet, Van Gogh...», il y avait en effet tous les ingrédients voulus. Et encore aurait-on pu ici ajouter Picasso, Renoir ou Corot! 

Sylvie Wuhrmann, comment l'exposition est-elle arrivée jusque chez vous?
Il nous est arrivé quelque chose de formidable. Lukas Gloor, directeur de la Fondation Bührle, m'a appelée, il y a un peu plus de deux ans. Il voulait que les tableaux soient vus en Suisse romande en plus du Japon, où ils effectueront une tournée. Il faut dire par ailleurs qu'à Zurich même, quand la villa restait ouverte, il s'agissait d'un fonds confidentiel. Guère plus de 10 000 visiteurs par an. J'ai sauté sur l'occasion, en ayant la possibilité de fixer les choix avec lui. 

Quelle est l'étendue de la Collection?
Environ 200 œuvres, en tenant compte des sculptures gothiques, qui ne convenaient pas au cadre de l'Hermitage. Il s'agit d'un ensemble créé par sa veuve en 1960. Elle suivait les conseil d'Arthur Kaufmann, un des marchands préférés du Zurichois. L'idée était de refléter les goûts d'Emil Georg Bührle, qui a en tout acquis 633 pièces, dont nous donnons la liste dans le catalogue. Le reste demeurait dans la famille. Il y avait l'épouse et leurs deux enfants, décédés d'un en 2012, l'autre en 2014. Nous en arrivons aujourd'hui à la génération des petits-enfants, qui possèdent beaucoup de choses. Je ne peux bien sûr pas vous le dire quoi. 

L'actuelle exposition présente cependant cinq tableaux provenant de Dieter, le fils d'Emil Georg Bührle.
En 2012, il a légué dix tableaux à la Fondation, dont c'était le premier enrichissement depuis le partage originel. Il y avait le portrait de son père par Kokoschka, plus neuf toiles impressionnistes magnifiques. 

Le catalogue parle aussi d'une collection d'entreprise.
C'est vrai. Bührle a acheté, pour ses bureaux, des toiles suisses parfois importantes. Il y a là du Hodler, du Giovanni Giacometti ou du Max Gubler. Rien à voir avec de la simple décoration. L’industriel n'a cependant jamais considéré qu'il s'agissait là d'un élément de sa collection. Il ne s'en retrouve donc rien à l'Hermitage. 

Peut-on dire qu la Collection ait été formée en suivant un plan, comme celle, un peu antérieure, d'Oskar Reinhart à Winterthour?
Pas vraiment. L'impulsion est venue en 1913. Bührle, alors jeune, découvre au musée de Berlin les impressionnistes rassemblés par le directeur Hugo von Tschudi. Une ou deux choses lui viennent dans les années 20 de son beau-père. L'homme ne commence à sérieusement acheter que vers 1936-1937, quand ses moyen financiers prennent de l'ampleur. Bührle va gagner énormément d'argent pendant la guerre. Un peu moins dans les années 1950. Il a ses marchands, parfois suisses comme Nathan ou Feilchenfeldt. Parfois étrangers comme Paul Rosenberg ou les Wildenstein. 

Bührle meurt très brusquement en 1956. Peut-on parler de collection inachevée?
Sans aucun doute. Il disparaît alors que l'aile moderne du Kunsthaus, dont il avait promis le financement intégral dès 1941, sort de terre. C'est là que sa collection sera vue pour la première fois en 1958. Le dernier achat effectué reste «L'offrande» de Gauguin. L'homme suit ici sa ligne. Il semble cependant clair qu'il se dirigeait alors vers le moderne. Picasso par exemple. La visite de la grande exposition consacrée par Milan à l'Espagnol en 1953 avait bouleversé son jugement. 

Et la peinture ancienne?
Il a fait de mauvaises expériences, notamment avec Rembrandt. En fait, elle l'intéressait surtout dans la mesure où elle annonçait ce qui allait suivre. Hals, Guardi, Ingres... Emil Georg Bührle n'envisageait pas la création d'un ensemble traversant l'histoire de la peinture. 

Ce texte intercalaire suit celui sur l'exposition de l'Hermitage à Lausanne.

Photo (Sammlumg Bührle): Un nu de Modigliani. Une toile un peu à part dans la collection, qui s'est faiblement intéressées à l'Ecole de Paris.

 

 

 

 

 

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