Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/L'Elysée donne son programme 2018 et déballe ses cadeaux

Crédits: Estate Jan Groover/usée de l'Elysée

Le petit déjeuner, c'est démodé. C'est donc avec un «brunch» que le Musée de l'Elysée a communiqué ce mardi 31 octobre à Lausanne son programme de l'an prochain et la liste des dernières donations reçues. Tatyana Franck l'avait conçu sous forme d'un parcours à travers la maison, caves comprises. Rien de sanglant, en ce jour d'Halloween! Il s'agissait aussi de faire découvrir les réserves de l'institution, où tout se classe et se numérise. Les collections s'accroissent sans cesse, tant sur le plan des images que sur celui des livres. Pour ce qui est de tirages acceptés en cadeaux, il faut déjà pratiquer des choix. «La place n'est et ne sera jamais illimitée», explique la directrice. 

Le programme pour commencer! Il se voit montré avec de petits films, quand les œuvres existent déjà. Nous sommes pour le moment dans les salles d'exposition. Elles présentent aujourd'hui Gus van Sant. Une exposition dont je ne suis pas sûr de vous parler. Le cinéaste laissera la place à un couple de collectionneurs basés à New York, Sondra Gilman et Celso Gonzales-Falla. Leur ensemble de quelque 1500 pièces traverse l'histoire de la photographie. Les icônes défilent sur l'écran. «Mais il y a aussi là des pièces signées de gens peu connus, voire inconnus», précise la commissaire Pauline Martin. Nicolas Savary fera l'appoint, en se mettant sur les pas de l’explorateur suisse Louis de Boccard. Un projet à la fois historique, sociologique et conceptuel.

Dubuffet et le Prix Elysée

La tranche suivante se verra vouée à une exposition Jean Dubuffet, dont je crois vous avoir parlé en août, au moment des Rencontre d'Arles. Elle montre «l'outil photographique» chez ce peintre qui a pensé dès le début à documenter son travail. Une double entreprise. Il y a sa peinture et ses investigations dans le champ alors inexploré de l'art brut. L'autre accrochage sera celui des expériences de Jacques-Henri Lartigue sur la couleur. Je vous avais causé de l'exposition au moment où elle était à Paris. L'année 2018 se terminera en compagnie de Liu Brolin et de Matthias Bruggmann. Liu, qui reste mal vu du régime, se met en scène en tentant de se fondre le plus possible dans le paysage. Une métaphore du système politico-économique de son pays. Bruggmann a reçu le Prix Elysée. «Nous irons au-delà de notre engagement de base, qui consiste à donner de l'argent pour un projet et publier un livre», explique Pascal Hufschmid. «Le musée a décidé de mettre aux murs ses reportages dérangeants pour nos certitudes. Ce photographe très engagé en Syrie se refuse à prendre parti.» 

Les donations, maintenant! Nous voici dans les caves après une visite aux combles, histoire de découvrir le LabElysée «dédié la culture numérique». Il y a en a quatre (de donations, donc), si je compte celles de livres chinois qui rejoindront les quelque 33 000 volumes d'une bibliothèque elle aussi en voie de numérisation. Après les dépôts Chaplin ou René Burri (mais l’institution préfère aujourd'hui les cadeaux non empoisonnés), je rappelle qu'il y a récemment eu le fonds de la grande Sabine Weiss. C'est maintenant l'Américaine Jan Groover (1993-2012), installée dans le Sud de la France, qui entre dans les collections. Elle a avant tout créé des natures mortes faisant parfois penser au peintre Giorgio Morandi. «L'Elysée conservera les négatifs», expliu Tatyana Franck. «Pour ce qui est des tirages positifs, nous faisons aujourd'hui notre choix.»

La fin du Cibachrome 

Un étage plus bas, en sous-sol, c'est la rencontre de quinze tirages Cibachrome (un procédé aujourd'hui abandonné après la faillite de l'usine Ilford en 2013) d'Olivier Föllmi. Un photographe voyageur parti sur la double trace d'Ella Maillart et de Nicolas Bouvier en Asie. Comme l'explique l'intéressé, qui donnera ses archives complètes au musée quand ce dernier sera installé en à Plateforme10, «vous voyez les images d'un monde englouti, photographié avec un argentique en voie de disparition sur un papier devenant introuvable.» Dernier apport, plus plasticien, Fabienne Lévy a offert dix-sept oeuvres liées à l'art contemporain de type galerie. Il y a là du Sylvie Fleury, du Loretta Lux ou du Rhona Bitner. Il se trouve même une sculpture (à mon avis horrible) de Spencer Tunick garnissant d'images de nus le fameux pistolet noué au canon de Reuterswärd. Un musée public ne répond pas à un goût personnel!

Photo (Estate Jan Groover/Musée de l'Elysée): Une des natures mortes de l'artiste américaine, dont les archives entrent à l'Elysée. Elle date de 1987.

Texte intercalaire.

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