Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Arabie saoudite prévoit la création d'un colossal parc touristique et archéologique

La vallée d'Al Ula recèle des ruines préhistoriques et antiques. L'idée est d'en faire un lieu tourné vers la culture et vers le divertissement. Aïe, aïe, aïe...

Les ruines nabatéennes d'Hégra.

Crédits: RCU.

N’en jetez plus. J’en ai le tournis après avoir lu l’article récemment posté sur le site du mensuel «Connaissance des Arts». L’Arabie saoudite, qui ne dort plus en voyant le succès des musées d’Abu Dhabi et de la vie artistique de Charjah, dans les Emirats, va lancer le projet «Journey Trough Times». Les chose se comprennent mondialement mieux en anglais qu’en arabe. Il s’agit de créer un parc historique et archéologique dans la vallée fluviale d’Al Ula. Ce dernier ne couvrirait pas moins de 30 000 kilomètres carrés, soir l’étendue de la Belgique. Tout s’y cristalliserait autour de cinq districts, correspondant à cinq sites. Il s’y trouverait quinze infrastructures. Colossales, comme il se doit. Ouvert en trois étapes, la première (2023) apparaissant singulièrement rapprochée, le complexe touristico-culturel coûterait quinze milliards de dollars.

Le prince Mohammed Ben Salmane, qui se présente comme un modèle d’ouverture si les choses l’arrangent, est à l’origine de l’idée Al Ula. La chose fait partie du plan «Vision 2030», montrant une Arabie saoudite moins liée au pétrole. L’ambition est notamment de créer 40 000 emplois dans le secteur des loisirs, parfois intelligents. Il faut dire que les ambitions Al Ula semblent importantes sur le plan de la fréquentation. Deux millions de touristes, soit l’équivalent des pèlerins du Hadj à La Mecque. Mais répartis, il est vrai ici, au fil des saisons! Autant dire que les hôtels vont pousser comme des champignons non loin des vestiges archéologiques. La vision romantique des lieux abandonnés va prendre un méchant coup.

Archéologues internationaux

Les archéologues sont déjà au travail. Il s’agit pour eux d’exhumer le plus de choses possible. Notez qu’ils ont de quoi manger. Il y a la vieille ville d’Al Ula. La ville nabatéenne d’Hégra, une petite sœur de Pétra en Jordanie. L’ancienne capitale Dadan. Plus des sites préhistoriques, par lesquelles les travaux ont du reste commencé. Il s’agit bien de proposer au public «7000 ans d’histoire». Pourquoi 7000 ? Je l'ignore. Les premières traces semblent remonter plus haut dans le temps. Environ 10 000 avant Jésus-Christ. Je peux y aller. Le nom de ce dernier ne heurte ici aucun interdit. La zone deviendra laïque. Il s’agit du reste pour l’essentiel de prospecter des régions dont l’importance est antérieure à l’islam. Une chose qui ne va pas sans briser un tabou en Arabie saoudite. Les scientifiques ont d’autant plus volontiers répondu à l’appel que beaucoup d’entre eux cherchent désespérément du travail. Il y a à pied d’œuvre des Français (1), des Allemands, des Anglais ou des Australiens. L’idée phare en ce domaine est de créer un gigantesque Kingdom’s Institute, qui en mettra plein la vue à la Péninsule et clouera le bec aux Emirats.

La vieille ville d'Al-Ula. Photo RCU.

Le projet reste assez silencieux sur ses financements. Le pays semble en panne sur le plan financier. Il cherche visiblement des partenaires et des investisseurs. Evidemment, il n’a pas très bonne réputation sur le plan des droits de l’homme, et accessoirement ceux de la femme. Son absolutisme fait peur. L’islam wahhabite, très strict, se voit en plus accusé de pactiser avec les mouvements terroristes. Il y a la guerre avec le Yémen. Le respect des sites patrimoniaux a été bafoué à La Mecque qui a perdu en quelques années le 90 pour-cent de ses monuments anciens (2). Si l’argent n’a pas d’odeur, même celle du pétrole, les financiers se sentiront-ils attirés par une monarchie à la fois capricieuse et instable? Tout peut se retrouver bouleversé à chaque moment. Et qu’en sera-t-il du tourisme ces prochaines années? Le secteur, là aussi, semble sujet à de fréquentes sautes d’humeur. «Bebop a Lula» ou «Bebop ouh là là»?

(1) La France a signé en 2018 un accord de coopération culturelle de dix ans avec l’Arabie saoudite. Le culturel est en général ce qui précède ou accompagne le commercial.
(2) L’Arabie saoudite est arrivée à faire taire toutes les organisations de sauvegarde. Les monuments étaient soit antérieurs à l’islam, soit «impurs» sur le plan religieux. Comme par hasard, alors qu’ils ont été remplacés par des palais ou des supermarchés.

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