Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Antikenmuseum de Bâle propose un nouveau parcours égyptien "immersif" et "interactif"

La section a en fait subi peu de changements. Il y a 600 objets, souvent petits. La scénographie se révèle plutôt bien faite. Le reste du musée a été vidé.

La tête pharaonique qui fait l'affiche.

Crédits: Antikenmuseum, Bâle 2021.

Le 25 novembre dernier, je vous ai parlé de la jolie donation d’Hartmut Raguse-Stauffer, faite à son nom et en mémoire de son épouse Betty décédée en 2015. L’Antikenmuseum de Bâle propose aujourd’hui encore ces petits objets liés à des civilisations très anciennes (en général sans écriture) dans les vitrines d’une chambrette de son rez-de-chaussée. J’avais formulé à cette occasion des réserves sur la politique de la direction actuelle de l’institution. La réaction n’a pas tardé. Andrea Bignasca m’a écrit un mail furibard, suivi peu après d’un autre message de Bâlois me félicitant d’avoir débusqué le lièvre. Je me suis bien promis de ne pas aller plus avant. Je reste avant tout un pacifique.

Aujourd’hui cependant, le musée propose la nouvelle présentation de sa collection pharaonique. «Ägypten, 3000 Jahre Hochkultur am Nil» aurait dû être visible dès le 21 janvier. La force du destin, comme aurait dit Giuseppe Verdi, a repoussé l’inauguration au 2 mars. J’y étais. Je me demandais bien à quoi allait ressembler cette présentation de 600 objets (pour la plupart minuscules, je précise) voulue «immersive, multimédia et interactive». Le parcours devait se décliner en six thèmes dans le sous-sol de l’établissement, à côté de l’immense salle mésopotamienne. Une salle fort bien aménagée, je dois dire. Des gadgets visuels bien sûr! Mais pas trop, et à bon escient.

Un parcours thématique

Eh bien je dois dire que je suis «déçu en bien», comme on disait naguère dans le canton de Vaud. En fait, la scénographie n’a pas beaucoup changé. Il faut dire que la forme étrange du lieu ne permet pas d’y installer n’importe quoi. Tout commence à nouveau par la redécouverte de l’Egypte antique à la fin du XVIIIe siècle (1). La rampe permettant au visiteur de descendre est ornée d’une fresque montrant le pays d’Alexandrie à Abou Simbel. Puis le public découvre les périodes préhistoriques et pré-dynastiques avec de grands sauts temporels. A un silex du désert libyen, vieux de dizaines, voire de centaines de milliers d’années, succèdent sans transition des vases aux formes pures taillés, puis polis, dans de l’albâtre ou des roches dures. Il y a juste là le pénible discours d’un audiovisuel tournant en boucle. N’oubliez pas vos boules Quies!

La suite est devenue thématique, et non historique. Le néophyte risque de s’y perdre un peu. Il y a beaucoup d’objets par vitrine, avec des numéros souvent peu lisibles. Les explications sont traditionnellement écrites sur des cartels. Du reste l’immersif, le ludique, l’interactif et je ne sais quoi encore se ramène à quelques éléments de décoration. La présentation est bien faite. L’éclairage très correct. Je signale aux adeptes du politiquement correct qu’il y a là des momies. Toutes nues en plus! J’ai même vu celle d’un enfant. On sait que Genève, qui veut depuis des décennies faire de la morale au monde entier, a retiré la sienne de sa vitrine. C’était pourtant plus amusant pour elle de voir des gens que de se morfondre dans le cimetière des réserves.

La plus belle collection de Suisse?

L’institution déclare sur son site proposer la plus belle collection égyptologique de Suisse, même si elle reste largement tributaire de dépôts consentis par des privés. La question se discute. Je viens de revoir celle du MAH genevois, où brillent quelques pièces très importantes comme l’énorme statue de Ramsès II. Le Rietberg zurichois possède des choses, tout comme le MEN neuchâtelois qui détient notamment de belles sculptures en bois du Moyen-Empire. Et il y a encore le Museum zu Allerheiligen de Schaffhouse. En mixant le tout, on arriverait finalement à un ensemble pas mal du tout, même si Le Caire peut dormir sur ses deux oreilles!

(1) Je comprends mal pourquoi le buste de Johann Ludwig Burckhardt, le découvreur bâlois d’Abou Simbel, figure là sous forme de fac-similé, alors que l’original se retrouve égaré à l’Historisches Museum distant de 300 mètres... Et cela même si l'Historisches occupe l'ancienne maison des Burckhardt.

Pratique

«Ägypten, 3000 Jahre Hochkultur am Nil», Antikenmuseum, 5, Sankt-Albanstrasse, Bâle, exposition permanente. Tél. 061 201 12 30, site www.antikenmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h. Pas de soirées jusqu’à 23h le jeudi en ce moment. A part la nouvelle présentation égyptienne et la section mésopotamienne, il n’y a rien de visible ici. Le premier et le second étage ont été entièrement vidés pour travaux. La grande salle grecque du rez-de-chaussée reste pour sa part bouclée à cause du montage d’une exposition estivale.

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