Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'anti-designer et architecte milanais Alessandro Mendini est mort à 87 ans

L'homme refusait le minimalisme, qui tenait pour lui du masochisme. On lui doit quelques objets phares depuis les années 1970. Le plus célèbre reste son baroque fauteuil "Proust".

Alessandro Mendini sans les années 1990.

Crédits: Photo Alessi

Là, j'ai raté le coche. On ne peut toujours se montrer attentif. Surtout quand il s'agit d'une nouvelle jugée mineure, sauf par les milieu artistiques concernés. Il me faut à nouveau annoncer un décès. L'architecte et designer Alessando Mendini s'est éteint à 87 ans, le 18 février. L'homme aura marqué l'histoire des arts décoratifs en Italie et bien au-delà. J'ai choisi à dessein le mot «décoratifs», si décrié de nos jours. Le Milanais se voulait en effet «anti-designer» ou «re-designer». Autant dire que, pour lui, il fallait tout recommencer.

Mendini était né en 1931 à Milan. La ville d'affaires. La cité tournée vers la modernité. Celle aussi qui aura subi le plus de bombardements dramatiques entre 1943 et 1945, d'où beaucoup de reconstructions. Pas toutes heureuses, hélas... On connaît ainsi le travail de son aîné Gio Ponti. Mendini y a fait ses études. Il a fini son Politecnico en 1959. L'Italie connaissait alors le «boom». Elle proposait au monde sa mode et son mobilier. Plus des objets de luxe à la limite entre l'artisanat et l'industrie.

Directeur de revues 

Comme Ponti, Mendini a fait du journalisme. Il a dirigé «Casabella» et la prestigieuse revue «Domus». Il a même créé «Modo». L'homme a aussi retroussé ses manches afin de créer des choses à son goût, qui n'était pas celui de tout le monde. L'Italien détestait le Bauhaus et son puritanisme. «Pour moi, le minimalisme tient de la punition que l'on s'inflige.» Dans les années 1970, il a donc lancé le studio Alchemia avec quelques collègues. «Pendant deux ans, tout le monde s'est moqué de nous.»

Le fameux fauteuil "Proust" de 1978. Photo DR

Les choses ont changé alors que se créait parallèlement Memphis. La Botte reste après tout le pays du baroque et de l'abondance visuelle. Le fauteuil «Proust» de Mendini, déclinable à l'infini, est devenu une icône de l'ameublement depuis sa création en 1978. Il y aura aussi la chaise «Zigzag» en 1978 ou la Cafetière «Ogetto banale» en 1980. Sans parler du modeste tire-bouchon «Anna G.» de 1994, imaginé pour Alessi. Mendini va en effet réussir à convaincre les grandes marques de l'éditer. Il a ainsi œuvré pour Swatch comme pour Swarovski ou, dans un genre très différent, Venini à Venise. «Je suis comme le Gepetto de Pinocchio. Avec mes mains, je crée la vie.»

Un théâtre et un musée

Le Milanais tenait cependant à sa liberté. Pas question de se lier à une entreprise! En 1982, il fonde la Domus Academy. Suivra en 1989 l'Atelier Mendini, co-dirigé avec son frère cadet Francesco. Il y a aussi l'architecture, même si Alessandro Mendini n'a pas beaucoup construit. On lui doit cependant le théâtre d'Arezzo, en Toscane, le Mémorial d'Hiroshima, dans le genre sérieux, et le Groninger Museum, aux Pays-Bas. Ce dernier passe pour son chef-d’œuvre, dans le genre déconstruit. Le bâtiment comporte notamment une tour de soixante mètres recouverte de plastique doré. Une chose très peu dans le goût néerlandais. Mais elle a plu!

Le Musée de Groningue. Photo Office du tourisme néerlandais.

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