Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La suppression du Salon du Livre genevois s'est faite dans une totale indifférence

Déjà annulée en 2020, la manifestation n'a plus rien du phare culturel suisse. Correspond-elle du reste encore aux besoins actuels des lecteurs?

Les allées du Salon, qui a diminué de taille depuis plusieurs éditions.

Crédits: Salon du Livre, Genève.

Le Salon du livre de Genève a disparu sur la pointe des pieds, et sans faire d’entrechats pour autant. Pour le moins bref, le communiqué de presse est tombé hier mardi 9 février. La manifestation désormais dirigée par Natacha Bayard aurait dû se dérouler du 28 avril au 2 mai. Annulée! Il s’agissait déjà là de l’édition 2020. Autant dire que la foire sautera au mieux deux tours. Elle avait juste fait l’automne dernier une réapparition surprise. Il en avait existé une version réduite, et surtout éclatée, à travers la cité. J’avoue que j’avais à peine remarqué la chose ayant eu lieu du 28 octobre au 1er novembre 2020. Il n’est pas impossible qu’il en aille de même en l’an de grâce 2021, alors que La Fureur de lire demeure prévue pour l’automne. «Des réflexions sont en cours pour déterminer si une alternative est possible.»

L’étonnant n’est pas le jeté d’éponge. Tout le monde s’y attendait un peu. Ce qui m’a frappé, c’est le peu d’échos que la nouvelle a reçu mercredi 10 février dans la presse locale. Un articulet. Voire un entrefilet dans le déroulé des nouvelles quotidiennes engendrées par la pandémie. Il y a vingt ans, c’eut été la manchette. Plus l’affichette. Autant dire que le Salon se voit désormais condamné en tant qu’événement. Le lent déclin de la manifestation créée en fanfare par l’éditeur lausannois Pierre-Marcel Favre courant 1987 se voit ainsi acté. La réunion montée autour de l’objet livre (avec au départ des saucisses et un «village alternatif») a vécu. Ce n’est pas la seule victime des temps nouveaux (et du fameux «monde d’après»). Je me souviens qu’il y a trente ans, les noubas les plus importantes de Suisse étaient le Salon de l’auto à Genève, Art/Basel, le Festival du film de Locarno, Paléo à Nyon ou le Comptoir suisse de Lausanne. Qu’en reste-t-il aujourd’hui? Locarno s’il y a une édition en 2021? Paléo qui a déjà donné des signes d’essoufflement en 2019?

Créations nouvelles

Cela dit, fait-il s’en désoler? Pour ce qui est du livre, le monde de l’édition a financièrement plutôt bien passé le cap de 2020, même si la Suisse a sacrifié ses libraires sans états d’âme. Quand il a fallu choisir, ces derniers n’ont pas pesé bien lourd en face des coiffeurs. Le Livre sur les quais de Morges se situe depuis quelques années dans un cadre autrement plus convivial que Palexpo (1). Le Salon des petits éditeurs satisfait à Genève un public de niche. La Fureur de lire, dans la même ville, répond sans doute mieux aux aspirations culturelles qu’un étalage de bouquins comme le Salon du Livre, aux animations désormais clairsemées. Le festival BDfil, qui a eu lieu par affiches interposées en septembre 2020, devrait reprendre du service à Lausanne. Il y a des signatures tout au long de l’année. Et puis il existe tout de même des gens qui lisent, et c’est là l’essentiel…

(1) Pour Palexpo, c’est vraiment la traversée du désert depuis un an. Plus rien! Pâle-expo...

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