Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'ancienne Samaritaine abritera à Paris des boutiques et un hôtel de super luxe

LVMH prévoit aussi des logements sociaux et une crèche. Il faut bien sûr faire passer la pilule. Quant aux bureaux, qui ira s'installer là, alors qu'il y en a déjà tant de libres?

Le front de Seine bâti par Henri Sauvage au début des années 1930.

Crédits: AFP.

Une fois rouverte, La Samaritaine redeviendra un grand magasin, certes, mais pas seulement. Les quelques 600 marques de luxe représentées occuperont une surface de 20 000 mètres carrés. La chose a beau mesurer deux hectares, nous resterons loin des 30 000 mètres de 2005. Et encore plus du temps de Monsieur et Madame Cognacq-Jaÿ! Sous leur règne, ce n’étaient pas moins de 48 000 mètres carrés qui se voyaient dévolus à une consommation il faut dire plus populaire. Pour les riches, il existait depuis 1917 La Samaritaine de luxe, située au boulevard des Capucines. Un établissement jumelé avec le musée privé créé par le couple, qui se trouve aujourd’hui, après déménagement, rue Elzévir. La Ville de Paris en a hérité à la mort d’Ernst Cognacq, veuf depuis trois ans et sans enfants, en 1928.

Qu’y aura-t-il donc d’autre entre la rue de Rivoli et la Seine? Eh bien des bureaux, pour commencer! LVMH en a prévu 15 000 mètres carrés. Il faut dire qu’en 2005, ce genre de choses se louait encore à prix d’or. Aujourd’hui, avec les concentrations, le télétravail et la crise à venir, il semble permis de se poser des questions. Et à part ça? Un petit paquet ficelé de bienfaisance afin de soulager la conscience de tout le monde. Le groupe a prévu 97 logements sociaux et une crèche pour 80 enfants. Voilà qui équilibrera l’hôtel d’hyper luxe de 72 chambre, comme si Paris ne comptait pas assez d’établissement cinq étoiles comme ça. Toutes auront une vue plongeante sur la Seine, ce qui situe du coup l’hôtel dans la partie construite au début des années 1930 par Henri Sauvage. Il y aura des œuvres d’art authentiques aux murs. D’où des tarifs comme il se doit musclés. La plus petite chambre sera à 1150 euros la nuit. LVMH n’a pas voulu révéler le prix de la grande suite.

Un pari sur l'avenir

Vous aurez noté qu’on reste ici dans le luxe. Reste à savoir comment celui-ci tiendra le coup après la crise sanitaire qui débouchera sur un désastre économique. Il faudra aussi que les frontières s’ouvrent largement et que la France dégage un parfait sentiment de sécurité. Dès qu’il y a une émeute, un attentat ou comme aujourd’hui une épidémie, les touristes disparaissent. Les Américains, en particulier. Pour l’instant, LVMH a les reins financièrement solides, je veux bien. Mais demain? Une partie aussi du luxe va souffrir.

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