Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Ambrosiana montre à Milan des dessins de Léonard et le carton de Raphaël

Ce musée un peu secret possède le "Codex Atlanticus", dont il montre quelques feuilles. Il a aussi l'esquisse "L'Ecole d'Athènes", récemment restaurée.

La bibliothèque, avec les dessins

Crédits: Veneranda Pinacoteca Ambrosiana

Connaissez-vous l'Ambrosiana? Non? J'en étais sûr. Eh bien vous avez tort! En plein cœur de ce qu'il reste du Milan ancien, vous avez là une collection restée pratiquement intacte depuis la première moitié du XVIIe siècle. Il y a eu en 1618 le don du cardinal Federico Borromeo. Ce cousin de saint Charles Borromée avait du goût et des moyens. L'institution peut du coup présenter une exposition autour de Léonard de Vinci et une autre avec une unique œuvre de Raphaël. Mais de taille! Le carton original pour «L'Ecole d'Athènes», une fresque 1509-1510 se trouvant à la Chambre de la Signature au Vatican, mesure plus de dix mètres de large.

Le public doit se promener dans une sorte de labyrinthe, après avoir trouvé l'entrée du musée. Certaines parties de l'Ambrosiana restent un peu vétustes. D'autres ont subi un bain de jouvence. Un soin effrayant a été accordé à l'éclairage. Il y a tellement de «leds» sur certains tableaux que le visiteur se demandent s'il s'agit bien de l'original, et non pas d'une enseigne publicitaire projetant sa lumière. La célébrissime nature morte du Caravage a un côté presque fluo. Sa vision nécessiterait presque des lunettes de soleil.

Les années françaises

En ce moment l'Ambrosiana fait donc doublement parler d'elle pour des événements. Le premier est la présentation, dans l'antique bibliothèque épargnée par les bombardements de 1943, d'un certain nombre de feuillets des années françaises (1516-1519) du «Codex Atlanticus» de Léonard de Vinci. Compilé par Francesco Melzi, l'élève de Léonard, vendu par ses enfants, le manuscrit a ensuite passé dans les mains du sculpteur lombard Pompeo Leoni avant d'arriver entre celles des Borromée. Il ne compte pas moins de 1119 feuillets manuscrits, ce qui fait beaucoup de dessins. Techniques. Nous ne sommes pas dans le même cas de figure que pour les feuilles figuratives appartenant à la reine d'Angleterre, qui en expose en ce moment 200 à la Queen's Gallery de Londres. Des pages qui ont elles aussi transité par Leoni.

Le "Portrait d'un musicien", une oeuvre de jeunesse de Léonard. Photo Veneranda Pinacoteca Ambrosiana

Sous verre, il y en a donc un certain nombre de croquis, bien choisis. La salle abrite en son bout le «Portrait d'un musicien» de Vinci, qui appartient aussi à l'Ambrosiana. Une réalisation de jeunesse très demandée cette année. Le plus extraordinaire est cependant d'entrer les doigts dans le nez (ce qui n'est pas très bien élevé, je sais) dans l'institution, sans contrôle et en deux minutes. Quand je pense que les gens se battent déjà pour pouvoir entrer dès le 24 octobre, si tout va bien, dans l'exposition du Louvre. Mais comme je vous l'ai déjà signalé, on pénétrait tout aussi facilement dans l'exposition Vinci de l'Accademia de Venise.

Une immense salle toute neuve

Avant d'en arriver là, le visiteur a dû dénicher l'immense salle où se cache le Raphaël. Une installation toute neuve, puisque l’œuvre est revenue de restauration en mai. Il s'agit d'une rare trace du maître lui-même. Federico Borromeo en était conscient. Il écrivait en 1618: «Il y a deux grands cartons de Raphaël, que les amateurs sont en devoir de chérir, car il n'y a aucun doute sur leur authenticité. Si la peinture n'est qu'attribuée à Raphaël, vu les nombre d'aides dont l'artiste s'entourait, il reste sûr que les grands cartons préparatoires sont de sa main.» Pourquoi deux? Le catalogue, que j'ai survolé, n'en dit rien. En a-t-on perdu un? Composé de 210 feuilles de papier collées sur un support, «L'école d'Athènes» était-elle alors divisée en deux parties? Mystère. Je rappelle que les sept autres cartons connus de Raphaël, conçus pour «Les actes des apôtres» tissés à Bruxelles puis à Mortlake, se trouvent au Victoria & Albert de Londres. Un prêt d'Elizabeth II, qui détient décidément davantage de choses que tout le monde.

Le carton de Raphaël. Photo Veneranda Pinacoteca Ambrosiana.

L’œuvre est présentée sous une vitre antireflets au fond d'une salle, aménagée par l'architecte Stefano Boeri. La paroi, à l'entrée, montre le film sur la restauration, menée sur quatre ans, par toute une équipe placée sous la direction de Michele Micheluzzi. Une grande table de réfectoire ancienne, entourée de sièges, permet de consulter des livres sur l'artiste. Difficile de faire mieux. L’œuvre qu'on peut aller voir de très près se révèle de plus absolument admirable.

Pratique

Veneranda Pinacoteca Ambrosiana, piazza Pio XI, Milan, l'exposition Vinci durant jusqu'au 15 septembre. Tél. 0039 02 806 921, site www.ambrosiana.it Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.

N.B. Mon texte sur l'église San Lorenzo de Venise a connu des problèmes techniques. Il est aujourd'hui débloqué.... et donc lisible.











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