Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'Afrique et la Chine sont exposées à Genève. Retour sur trois réussites de 2018

Le MEG propose pour quelques jours encore ses "Religions de l'extase". Le Musée Barbier-Mueller révèle un art inconnu du Bénin. La Fondation Baur se penche due "Mille ans de monochromes".

L'une des deux religieuses noires qui font l'affiche du MEG.

Crédits: Fabrice Monteiro, MEG Genève 2018

Besoin d'exotisme? Vous avez à Genève trois expositions sous la main, ou plutôt à portée des yeux. Je sais que le mot est aujourd'hui mal vu. L'exotisme a fait place à l'ethnographie, puis à l'altérité. Cette manie de changer les mots, comme si la chose allait transformer les choses... Ce n'est bien entendu pas le cas. Et pour tout dire, il m'arrive de trouver les Vaudois très exotiques.

Il vous faut d'abord aller au MEG. Les religions de l'extase tirent à leur fin. Le soir du 6 janvier, ce sera terminé. L'Afrique sera emballée pour se retrouver à Nantes. L'espace sera modifié afin de laisser place à une présentation européenne en mai 2019. Elle se verra dédiée au contes s'adressant aux grands enfants que nous restons tous. J'ai consciencieusement revu «Les religions de l'extase» il y a quelques jours. Mon regard a changé. Je gardais le souvenir d'une exposition bourrative, avec un sujet trop riche pour mille mètres carrés. Vous pensez... L'islam, le christianisme, le judaïsme, l'animisme, plus leurs doux mélanges, cela fait tout de même beaucoup. Est-ce parce que je connaissais le parcours? Celui-ci m'a paru plus limpide en seconde vision. Le fait d'avoir lu une fois les étiquettes m'a permis de mieux regarder les objets, dont certains se révèlent fort beaux. Il y a aussi un bon usage de la photo. J'ai noté au passage qu'à force de voir sur des murs genevois les deux religieuses de Fabrice Monteiro sous forme d'affiches, celles-ci ont acquis un statut d'icônes. Comme cela, au moins, on ne sort pas des lieux de culte! (www.ville-ge.ch/meg).

En Vieille Ville, l'Afrique du Musée Barbier-Mueller possède à la fois un aspect artistique et un contenu scientifique. C'est beau et c'est sérieux. Visible jusqu'au 26 mai, Asen: Mémoires de fer forgé ne fait pas exception à cette règle. Il s'agit à la fois d'une étude poussée de l'Américaine Suzanne Preston Blier et d'un ensemble exceptionnel de sculptures acquises sous forme de lots par Jean-Paul Barbier-Mueller, alors que ces œuvres pourtant fascinantes n'intéressaient personne. Cet art vodun du Danhomé (qui ne se trouve pas au Dahomey, mais au Bénin) ressemble à de petits parasols. D'habiles forgerons ont fixé sur le plateau une représentation évoquant la vie du mort, ou éventuellement de la morte. Les exemplaires présentés ici, avec une science consommée de la mise en scène, datent de la fin du XIXe siècle ou des débuts du XXe. La visite peut se prolonger dans les caves, dont la présentation n'a elle pas bougé. Je viens de vérifier. Il y a là une accumulation de chefs-d’œuvre. (www.musee-barbier-mueller.org)

C'est la Chine que le visiteur retrouve comme de coutume à la Fondation Baur. Une Chine monochrome. Le pays a derrière lui une longue tradition de pièces enduite d'une seule couleur, au nom poétique. Peau de pêche... Clair de lune... Le musée avait d'ailleurs déjà monté une autre présentation sur ce thème, en partenariat avec le Mamco. Cette fois, il accueille une prestigieuse collection venue de Hongkong. Il s'agit du Zhuyuetang (Pavillon du bambou et de la lune), créé par Richard Kan. Mille ans de monochromes se retrouvent ainsi au sous-sol, avec une accent porté sur les deux dernières grandes dynasties, celle des Ming et des Qing. Ce florilège se voit placé en regard de pièces naguère rassemblées par Alfred Baur. Soyons justes. Comme je l'ai à nouveau constaté hier, la fondation genevoise s'est effacée devant son hôte, qui fourni le trois quarts des poteries présentées jusqu’au 3 février. Il faut dire qu'il y en a déjà trop par rapport à la taille des vitrines. Avec un léger effet magasin de vaisselle. (www.fondation-baur.ch/fr)

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