Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'abattage des grands chênes pour reconstruire Notre-Dame de Paris a commencé

Il faut des arbres centenaires afin de reconstituer la flèche disparue. De beaux spécimens ont été choisis dans toutes les forêts domaniales du pays.

Vu du bas, "l'arbre No1".

Crédits: AFP.

Les choses avancent. L’optimisme règne. De là à dire qu’il me semble béat, il n’y a qu’un pas. Il reste en effet question d’un chantier de Notre-Dame de Paris mené à bout touchant (enfin, presque!) d’ici 2024. Pour les JO, comme le Grand Palais rénové. La preuve! En ce moment s’achève la première coupe d’arbres destinés à la réfection de la flèche de Viollet-le-Duc, effondrée sous les flammes en 2019. Le parti-pris finalement adopté, après quelques divagations présidentielles autour d’un «geste architectural moderne», est celui de la restitution à l’identique d’une idée du XIXe siècle. La tourelle d’origine a en effet disparu pour cause de vétusté au XVIIIe. Démontage...

Afin de refaire la flèche, il faut mille chênes. Centenaires. Des spécimens bien droits, bien larges et parfaitement sains ont été repérés par drones dans les forêts domaniales françaises (1). Il a émergé de tels arbres un peu partout dans le pays. Il ne s’agit pas de déboiser, ni a fortiori de ratiboiser un lieu unique. Le simple fait de couper d’aussi beaux végétaux fait déjà assez hurler comme cela les gens de nos jours. Bercé, dans l’actuelle Sarthes, un endroit choisi en 1669 par Colbert (oui, celui du «Code noir», qui était AUSSI un grand ministre), ne fournira ainsi que huit centenaires. Il y a notamment là celui qui s’est vu désigné officiellement comme «l’arbre No1». Un peu comme on élit «Miss France». Ce géant deux cent trente ans, planté sous Louis XVI, était prévu au départ pour alimenter la marine royale. Il va servir à refaire une église.

Un lent séchage

Après les mille arbres de la flèche trouvés dans les plantations d’État, mais aussi offerts en actes de foi par les privés, il en faudra mille autres. Le grand sacrifice. Ceux-ci pourront se permettre d’être un peu plus petits, et donc moins âgés. Abattus entre la fin février et le début mars, avant la montée de la sève, les chênes ne seront pas utilisables tout de suite. Leur séchage va prendre entre un an et dix-huit mois. Il faudra ensuite les tailler, puis les assembler et enfin recréer la couverture. A moins d’une baguette magique, 2024 me semble un peu court.

(1) Les ministres de la Culture et de l’Agriculture se sont fait photographier auprès de «l’arbre No1». Il est vrai qu’ils sont spécialistes de la langue de bois...

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