Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Ville de Paris se décide à restaurer l'église de La Trinité. Une grande malade

Edifié sous Napoléon III, l'édifice coûtera 25 millions d'euros à remettre en état. Le patrimoine du XIXe siècle se révèle souvent fragile.

L'église de La Trinité, édifiée en néo-Renaissance.

Crédits: DR.

La Ville de Paris se voit depuis longtemps accusée de négliger son patrimoine ecclésiastique. Nombreux sont les édifices religieux tombant en ruines. Les plus anciens ne se voient pas mieux traités que les autres. Il suffit d’entrer à Saint-Merri, près de Beaubourg, ou à Saint-Eustache aux Halles, qui a longtemps tenu grâce à des étais. Laïcité ou non, on se dit que tout un patrimoine ne tient plus qu’à un fil. Saint-Julien-le-Pauvre mérite aujourd’hui bien son nom.

Surprise! On apprend aujourd'hui que la Mairie, menée par Anne Hidalgo, va consacrer 20,2 millions d’euros à la réfection de La Trinité, édifiée entre 1861 et 1867 par Théodore Ballu. Un édifice très lourd de lignes, en dépit d’une flèche culminant à 65 mètres. J’ai pris connaissance de la nouvelle par «Le Figaro», le seul quotidien national s’intéressant au patrimoine. Il est vrai que celui-ci se mâtine ici de religion, un point sensible pour un journal étiqueté à droite. L’article reste sans commentaire. La chose permet d’éviter de dire que, dans le style Napoléon III, le résultat reste ici très loin de la réussite de l’Opéra de Charles Garnier ou de la Gare du Nord de Jacques-Ignace Hitthorf. Des merveilles.

Pierres de mauvaise qualité

Si La Trinité se porte mal, c’est qu’elle a toujours souffert de deux maux. Le premier, c'est la pollution. Le second, la mauvaise qualité des pierre choisies. Une constante de l’époque, qui voulait aller vite. Les matériaux du Louvre de Napoléon III ne sont pas terribles non plus. Quinze ans après son achèvement, des travaux se révélaient déjà indispensables à La Trinité. Une nouvelle réfection s’est étirée entre 1921 et 1924. La dernière en date s’est achevée il y a trente-six ans. Une catastrophe! «L’insertion de ragréages (enduits de finition) à base de ciment métallique a accéléré la détérioration», ai-je lu. A quoi pensent les architectes? Ils multiplient souvent les malfaçons.

L'abside de La Trinité. Photo DR.

Les travaux actuels dureront jusqu’en 2027. Une première tranche se verra effectuée d’ici octobre 2023. Elle portera sur le clocher et les lanternes. Le reste suivra, avec une rallonge de crédits de 3,8 millions accordée par la Direction régionale des affaires culturelles (ou DRAC) d’Ile-de-France. Le texte ne précise pas si une restauration des peintures est prévue. Les règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III ont en effet marqué une renaissance de la peinture sacrée. Il suffit de penser au merveilleux décor d’Hippolyte Flandrin à Saint-Germain-des-Prés, qui a récemment fait l’objet d’une réfection exemplaire. Je vous en avais parlé. Les travaux avaient été permis non pas par la Mairie, mais par des dons de particuliers.

Peintures sacrées

A La Trinité se trouvent ainsi des peintures d’artistes ayant connu leur heure de gloire. Je me limiterai à en citer quelques-uns. Il y a là Jules-Elie Delaunay, Félix-Joseph Barrias, Emile Lévy, Félix-Jobbé-Duval et une sculpture de Paul Dubois. Je rappellerai pour mémoire que ce patrimoine fragile (ce ne sont pas de solides fresque à l’italienne) est aujourd’hui menacé de disparition. Tout s’effrite. Tout s’émiette. Tout se délite dans l’indifférence. Pour émouvoir la Mairie, il faut s’appeler Eugène Delacroix, dont l’ultime chef-d’œuvre a connu une belle restauration récente à Saint-Sulpice. Quelques travaux (mécénat privé à nouveau ici) ont eu lieu à Notre-Dame de Lorette. Saint-Vincent-de-Paul (architecture de Hitthorf, peintures de Flandrin, sculptures de Rude) attend désespérément des soins près de la Gare du Nord, dont il a repris la silhouette en version sacrée... L'église risque ainsi de finir aux urgences!

P.S. La Mairie a déjà fait il est vrai son devoir à Saint-Augustin, autre pachyderme Napoléon III. Mais ce devoir s'est curieusement limité à la façade.

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