Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Ville de Genève crée un jardin potager autour d'une sculpture d'Henry Moore. Eh oui...

Au nom de l'écologie, de l'approvisionnement local et du sentiment, le chef-d'oeuvre acquis de l'artiste en 1974 se retrouve au propre dans les choux...

"Reclining Figure", avec de l'herbe autour.

Crédits: Sucession Henry Moore, Ville de Genève 2021.

Tiens! Je ne l’avais pas vu. Je n’avais pas encore remarqué. En face du Musée d’art et d’histoire genevois (MAH), il n’y a plus de pente herbeuse, mais un potager. Avec des légumes, comme si l’on était en plein champ. La Ville a voulu faire une fleur aux maraîchers locaux, qui furent les vedettes du premier confinement. Quand tout le monde croyait encore (ou feignait de croire) au «monde d’après» en achetant des produits locaux... Une serre domine désormais le paysage. Ou du moins une construction faite de plastiques vibrant au gré du vent. Avec des plantations dedans.

Et qu’est-ce qui se trouve du coup caché, ou presque? Mais la grande sculpture de bronze signée Henry Moore (1898-1986), pardi! La statue est désormais perdue entre les navets et les cardons, plus la fameuse cahute synthétique. Et moi qui la pensais sacralisée… Je croyais à la syllabe près les mots du texte mis en ligne à son propos par la même Ville. Naïf que je suis! La valeur patrimoniale est devenue une variable selon les décisions d’une Municipalité tendant aujourd’hui à verser dans la sentimentalité par pur clientélisme. Soyons populaires! Montrons-nous sympas! Manifestons notre écologie! On peut bien abattre des rangées d’arbres entières en campagnes pour construire des logements si l’on cultive un lopin de terre «intra muros» (vu que le potager en question se situe à la limite des anciennes fortifications abattues à partir de 1850), n’est-ce pas?

La vigne près du Palais Eynard

A vrai dire, on avait déjà tenté la chose avec une vigne il y a un au deux ans, sur l’ancien bastion du Calabri, où se trouve une autre statue. Hommage cette fois aux vignerons locaux! Coup de chapeau me semblerait une expression plus juste. A peine plus grande que la vigne dite «de Farinet» à Saillon, celle-ci me ferait plutôt songer à celle de Marie-Antoinette au Petit Trianon. La reine jouait à la bergère d’opérette avec une «laiterie» et une «chaumière». Nos édiles seraient-ils donc de bons bergers? Mais après tout, les bons sentiments se veulent partout. Un jardinet pousse sur un bas-côté du Sacré-cœur. Une «street artiste» peint des racines d’arbres sur le Pont de la Machine. De manière à mon avis nettement plus positive, des fleurs éclosent aussi autour des arbres que la Ville n’a pas encore fait couper sous prétexte de maladie. Je pense notamment à ceux de la rue de la Croix-Rouge.

Et Moore, dans tout cela? En 1974, c’est à dire en d’autres temps, la Ville avait fait le pari d’acquérir directement auprès de l’artiste britannique une de ses œuvres les plus importantes. «Reclining Figure» date de 1969-1970. Il en existe six exemplaires. Le nôtre porte le numéro quatre. L’emplacement de sa présentation avait été choisi en concertation avec le sculpteur. L’œuvre se retrouvait à la place du petit Observatoire que j’ai encore connu enfant. Une autre époque! La voici dans les choux!

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