Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Suisse va refermer ses musées le mardi 22 décembre pour un mois au moins

La dernière grand messe fédérale ménage la Suisse romande. Vaud, Genève, le Valais, Neuchâtel et Fribourg ont obtenu une dérogation, sans doute provisoire.

Parmi les rescapés, la Collection de l'art brut à Lausanne. Ici une oeuvre de Josef Wittlich présentée dans une exposition actuelle sur le thème du cadre.

Crédits: Collection de l'art brut, Lausanne 2020.

«C’est incroyable! A l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas si mon musée sera ouvert demain, alors que je rentre dans quelques minutes en discussion avec le personnel et celui du restaurant de l’établissement.» Monsieur le directeur n’est pas content, et je le comprends. On le prend, comme l’ensemble des Suisses peut-être, pour un charlot en ce vendredi 18 décembre. Le Conseil Fédéral n’en finit pas de se livrer à un patinage fort peu artistique, alors qu’il s’était révélé plutôt bon au printemps. Il avance. Il recule. Et il fait entre-temps du sur-place. J’ai regardé depuis le fil des dépêches. Notre homme a obtenu un petit répit. Installé dans un canton romand, il ne fermera pas ses portes muséales pour la troisième fois de l’année avant le 24 décembre au moins. Joyeux Noël!

Pour le reste, j’ai dû m’y prendre à deux reprises pour comprendre les décisions des Sept Sages, qui me rappellent toujours davantage (c’est ici moi qui m’exprime) les Pieds Nickelés. D’abord, il faut que je trouve dans les déclarations le chapitre culture, ce qui n’a rien d’évident. Mais il existe tout de même! Les Suisses restent mieux traités à ce sujet que les voisins français. En macronie, la ministre Roselyne Bachelot doit se demander ce qu’elle fait dans cette galère, à part ramer. Et en plus, la malheureuse doit se montrer à l’unisson de son gouvernement, comme s’il s’agissait du meilleur de la Planète.

Une semaine d'ouverture à Berne!

Mais je reviens à la Suisse. Or donc, musées et bibliothèques vont refermer le 22 décembre pour un mois. Pas les galeries. Ce sont des magasins. Le fait que la fréquentation des institutions muséales soit souvent très mal repartie début décembre ne joue aucun rôle. C’est une question de principe. Berne bouclera donc les siennes une semaine après sa réouverture. Idem pour le Jura. Les autres cantons francophones s’en tirent un peu mieux. Ils pouvaient, selon le Conseil Fédéral, déroger à la clôture vu leur situation sanitaire moins catastrophique. Genève, Vaud, Neuchâtel, le Valais et Fribourg l’ont fait. Restent à savoir jusqu’à quand ils pourront tenir. Le mal court, même si les gens ont l’air (enfin, la plupart d’entre eux) tout à fait normaux dans la rue. Mais n’oubliez pas qu’il s’agit d’un mal sournois, même si c’est nous qui sommes masqués…

Je vous ai déjà dis il y a une semaine (le Conseil Fédéral n’en finit pas de se réunir) que je plaignais moins les musées que les restaurateurs, les cafetiers et les baristes. Dans leur grande majorité, les musées sont des lieux relevant d’une entité publique. Autant dire que ceux dépendant d’une ville, d’un canton ou la Confédération se remettront à l’ouvrage après avoir fait le dos rond. Pour les commerçants indépendants (et pour le sujet qui nous touche les fondations privées) il en va autrement. Avec la péjoration qu’une presse gentiment servile se garde bien de souligner. Ce sont des fonctionnaires, et donc de futurs retraités, qui décident du sort de ceux qui vivent en prenant des risques avec leur argent. Et accessoirement de celui qu’ils ont dû emprunter. Des aides se voient bien sûr annoncées. Annoncées, seulement. «Les belles promesses rendent les fous joyeux», aurait dit ma grand-mère.

De l'église à l'hôpital

Vous me direz que comme les musées (pourtant vides en ce moment), les gens de bouche doivent se sacrifier au bien commun. «L’essentiel, c’est la santé», comme nous serine le gouvernement tous les jours. Il est vrai que le centre des intérêts s’est depuis longtemps déplacé de l’église, promettant la vie éternelle, à l’hôpital, où nul au-delà ne figure au programme. Avec un trémolo pour les asiles de vieillards (appelons les choses par leur nom!). D’où cet accent mis sur la médecine.

Je vais cependant terminer par une bonne nouvelle. Je ne suis pas complotiste. Nous vivons une vraie pandémie, mais sans commune mesure avec celles du Moyen Age, où le peu d’hôpitaux qui existait se voyait immédiatement débordé. J’ai regardé les chiffres de la peste. Une grosse épidémie tuait alors au moins le quart de la population. Les pires (Vérone en 1630, par exemple) le 60 pour-cent. En prenant la population actuelle du canton (un demi million d’habitants depuis 2019), une peste noire ferait donc aujourd'hui entre 125 000 et 300 000 morts rien qu'à Genève. Nous n'en sommes pas encore là, Dieu merci!

Profiter des derniers jours

Sur ce, comme je le lis à la fin d’un courriel sur deux que je reçois: «prenez soin de vous». Moi, je cours vite encore voir ce samedi quelques expositions. Les dernières sans doute avant le 22 janvier. Date libératoire actuelle. Mais sans garantie.

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