Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Société des Arts genevoise va entreprendre l'étude de sa collection de peintures

Une équipe placée sous la direction de Frédéric Elsig va étudier ce fonds patrimonial. Un partenariat Université, MAH et Société des Arts, avec l'aide du mécénat privé.

Un salon de la Société des Arts, avec au fond le célèbre portrait d'Horace-Bénédict de Saussure par Jean-Pierre Saint-Ours.

Crédits: Société des Arts

Fondée à Genève en 1776, la Société des Arts a classé ses archives, aujourd’hui partiellement mises en ligne. Je vous en ai récemment parlé. Elle peut aujourd’hui passer à autre chose. La vénérable institution (pourquoi devient-on au fait «vénérable» en prenant de l’âge?) s’apprête à inventorier ses œuvres d’art. Pas les dessins et les gravures, depuis longtemps conservés au Musée d’art et d’histoire. Mais les peintures, dont beaucoup ornent les murs des salons de l’Athénée. Un gros travail, confié à Frédéric Elsig et ses étudiants de l’Université. Ce programme se voit lancé par une conférence du professeur le mardi 24 novembre. Vous l’avez bien compris. Elle ne se déroulera pas en «présentiel», comme ont dit depuis quelques mois. Les amateurs pourront suivre l’exposé par ordinateur interposé. Il faut aimer. C’est pourquoi j’ai rencontré Frédéric avant. Ou pour être plus exact, je lui ai téléphoné.

Frédéric Elsig, que représente pour vous ce nouveau classement muséal, après les peinture néerlandaises de MAH ou les tableaux français du Musée des beaux-arts de Lyon?
C’est un projet plutôt stimulant. Il s’agira de procéder un peu de la même manière. Tout commencera par un séminaire réunissant les élèves avec la participation de Victor Lopes, le restaurateur du musée. Chaque œuvre se verra ensuite étudiée séparément. Il y en aura environ 100 si nous nous arrêtons, comme prévu, en 1918 année de la fin de la guerre et de la mort de Ferdinand Hodler. Le chiffre monterait à 200 si nous avions retenu la date de 1945. Mais la qualité deviendrait alors moindre. Nous prendrons les seuls tableaux en compte. Les dessins mériteraient bien sûr une autre étude. Mais là, le volume à prendre en comptes deviendrait considérable.

Frédéric Elsig. Photo Youtube.

Nous sommes face à un fonds patrimonial avec la Société des Arts. Qu’est-ce que cela change par rapport à un inventaire normal?
Cela permet de faire à la fois l’histoire d’une collection bien précise et celle de la peinture genevoise en général depuis la fin du XVIIe siècle. Les œuvres composant cet ensemble sont restées peu étudiées jusqu’à aujourd’hui. Le dernier travail important remonte à 1910, année de l’ouverture du MAH. Il est dû à Jules Crosnier, à qui une salle de l’Athénée reste aujourd’hui dédiée. Il s’agit d’un long article paru dans «Nos anciens et leurs œuvres». Crosnier prenait également en considération les dessins et les émaux. Nous développerons la peinture, qui se voyait abordée de manière ponctuelle.

Y a-t-il un calendrier prévu?
Le séminaire devrait commencer en février 2021. Nous pouvons du coup envisager une publication à l’automne 2022. Sur le plan de l’organisation, les travaux seront conjointement assurés par la Société elle-même, le MAH et l’Université. Il faudra bien sûr l'apport financier du mécénat privé pour les restaurations et la publication. Le musée fournit la présence de Victor Lopes. L’Université prend en charge le séminaire. Nous réuniront ainsi les compétences locales. Le volume dont je vous parlais abordera certes les peintures de manière scientifique. Mais il offrira aussi l’occasion de réaliser une synthèse sur le patrimoine de l’Athénée.

Le portrait de Firmin Massot par Amélie Munier-Romilly. Photo Société des Arts.

Il s’agira d’un ouvrage sur papier.
Absolument! J’y tiens beaucoup, en dépit d’une lame de fond tendant aujourd'hui à favoriser le numérique. Ce dernier donne certes la latitude de pouvoir ajouter, modifier ou enlever. Mais il amène aussi une dilution des responsabilités. On ne sait plus très bien qui assume le contenu, sans cesse transformé à des dates que l’on ne connaît en plus généralement pas. C’est pour cette raison que je reste attaché à l’imprimé. Quitte à me battre, comme pour la sortie des peintures italiennes et espagnoles du MAH. Il devient ainsi clair que le volume reflète un état de la recherche à un certain moment.

A propos de publications, où en êtes-vous avec la série «Peindre en France au XVIe siècle», le colloque de 2019 n’ayant pas pu se dérouler normalement?
Nous ne nous sommes en effet pas vus afin de parler de Toulouse. Les auteurs prévus ont envoyé chacun leur(s) article(s). Les manuscrits se trouvent chez l’éditeur, qui se trouve à Milan. Leur publication demeure prévue pour décembre 2020. L’entreprise retombera ainsi sur ses pieds. Une ville par an. Les prochains lieux étudiés sont fixés. Il y aura dès le printemps l’année d’Amiens, qui devrait se révéler particulièrement instructive. Outre les chefs-d’œuvre bien connus, il y a tous les tableaux flamands qui se voient aujourd’hui reversés par les spécialistes aux ateliers picards. Puis ce sera Beauvais en 2022. Il doit y avoir ensuite Tours, puis enfin Paris. Nous aurons alors terminé notre tour de France, avec un «sprint» dans la capitale comme pour les coureurs cyclistes. Il s’agira à ce moment d’opérer une synthèse, avec quelques grandes lignes.

Un grand projet pour après?
Il faudrait, mais l’entreprise se révélerait énorme, étudier les foyers provinciaux au Grand Siècle. Il y a eu beaucoup de recherches récentes. Le sujet est en plus à la mode avec le projet d’un immense musée consacré au XVIIe français à Saint-Cloud. Un travail poussé dans cette direction devrait se révéler fructueux.

Pratique

Conférence en ligne le mardi 24 novembre, 18 heures 45, à partir du site de la Société des Arts, sous «Collections».

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."