Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Royal Academy va renvoyer le 40 pour-cent de ses effectifs afin de survivre

La situation financière est terrible. Les pertes de cette institution londonienne privée augmentent chaque jour. Il s'agit de la troisième catastrophe subie par la RA en 252 ans.

L'immeuble de Picadilly. Carte postale.

Crédits: DR.

Ouh la la… Les choses se gâtent. Je viens de vous annoncer qu’un musée aussi important que celui de Brooklyn vendait douze tableaux. Les institutions américaines sont bien malades. On parle d’une possible disparition du tiers d’entre elles faute d’argent ces prochains mois. En Grande-Bretagne, les choses ne vont guère mieux. La Royal Academy de Londres (RA) annonce qu’elle devra licencier 150 personnes, soit le 40 pour-cent de ses effectifs. Il lui faut déjà économiser 8 millions de livres, alors que les pertes ne cessent de croître. Pensez que les lieux ont rouvert après le confinement avec une jauge ramenée à 25 pour-cent. C’est peu, même s’il est arrivé qu’on se soit écrasé dans des salles pourtant immenses… Autant dire que chaque jour (la RA fonctionne du lundi au dimanche) creuse un trou dans les finances.

Fondée en 1768 à la fois comme une école et un lieu d’exposition, la Royal Academy ne reçoit normalement pas de subventions. Au départ, elle bénéficiait du «patronage» de George III et, de nos jours encore, Elizabeth II y fait de temps en temps une apparition. L’entité doit donc subvenir à ses besoins, comme le rappelait encore tout récemment l’article de «The Guardian» que j’ai consulté. Il y a la vente de billets, les cotisations des membres, les donateurs, les mécènes et les sponsors (ce qui n’est pas la même chose!). La RA possède ainsi 90 000 adhérents. Ils ont été bien utiles, comme les donateurs, quand il a s’agit de créer la magnifique extension de David Chipperfield, inaugurée en 2018 pour ses 250 ans. La RA était parvenue, mais en s’y prenant très à l’avance, parvenue à lever 56 millions de livres.

"Summer Show" maintenu

Aujourd’hui, tout se passe dans l’urgence, alors que gouvernement se montre bien peu clair dans ses promesses d’encouragement à la culture. Il faudra donc couper dans chaque domaine, afin de maintenir un fonctionnement à peu près normal. Le fameux «Summer Show», que n’avait même pas annulé la Seconde Guerre mondiale (aux bombes incendiaires pourtant plus agressives qu’un virus!) aura donc finalement lieu… cet automne. Confié aux sœurs jumelles Jane et Louise Wilson, il s’ouvra le 6 octobre avec comme de coutume des milliers d’œuvres contemporaines à voir et à vendre. Sans moi comme visiteur cette année...

Le Summer Show, vers 1790. La jeune Royal Academy occupait alors Somerset House. Photo DR.

Ce n’est pas la première fois que la RA se trouve au bord du gouffre. En 1962, elle avait dû vendre à la National Gallery voisine le magnifique carton de Léonard de Vinci en prévision de sa «Sainte Anne». Plus récemment, la gestion pour le moins hasardeuse d’un de ses administrateurs lui a fait fait frôler la banqueroute. Jamais deux sans trois. On espère que le vénérable bâtiment de Piccadilly va une nouvelle fois retomber sur ses pieds. Mais la casse humaine sera cette fois énorme...

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