Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La revue romande "L'imprévisible" se penche aujourd'hui sur les religions

C'est le numéro trois d'une publication aux dates de parutions aléatoires. Il contient des articles pertinents, plus d'autres impertinents, sur la foi, la pratique et l'athéisme.

Le numéro contient un portfolio de Matthieu Gafsou intitulé "Grand Messe".

Crédits: Matthieu Gafsou

Numéro trois. Dire à quelle périodicité paraît la revue reste impossible. Normal au fond quand on s'appelle «L'imprévisible». Je ne serais pas davantage capable de vois dire où vous trouverez cette élégante publication, à la couverture cette fois orange. Seul le Seigneur le sait, sans doute. L'actuelle livraison tourne en effet autour de la religion, et par conséquent de l'Eglise. «Un monde sans Dieu paraît être un constat impossible», dit l'éditorial collectif de cette publication valaisanne. Et pourtant, les signes de laïcité se multiplient. Nous sommes dans une «zone grise» entre les manifestations de foi et le déclin de la pratique confessionnelle.

Le comité de rédaction s'est adressé à des écrivains. A des artistes. A des gens qui réfléchissent, même s'ils sont universitaires. Il s'agissait de dresser un état des lieux en Europe occidentale, sans trop tenir compte de ses banlieues, où l'on veut aujourd'hui remettre l'église au milieu du village. Pensez à la Russie ou à la Pologne, où les rapports entre le clergé et l'Etat se font de plus en plus incestueux. A la Grèce aussi. L'essentiel des articles se situe par conséquent   en Suisse, Nous sommes ici et maintenant. En 2009, un Fribourgeois sciait les Croix érigées au sommet des alpages au mépris des mécréants. Un athée est montré en train de collectionner les crucifix. Dans les gares helvétiques, les Témoins de Jehovah font ouvertement de la retape en bas des quais. Quelque part chez nous, un prêtre orthodoxe lit sa messe en slavon sur un iPad. La publicité se sert enfin de la silhouette des édifices de culte pour des affiches touristiques. Où situer la frontière entre le sacré et le profane? Et que reste-t-il du premier quand on a déplacé des chapelle anciennes pour les cacher par de gros immeubles modernes, comme dans la Bucarest de Nicolae Ceaucescu?

Enquêtes, photographies et fictions

Il y a de tout dans ce recueil mélangeant l'entretien, l'enquête, la photographie et la fiction. Les sceptiques se font une place à côté des croyants (une grosse place, à mon avis). La technologie ne rejoint pas forcément la science-fiction. La rédaction est même partie faire son «shopping». Horrible. La foi la plus sincère a pourtant besoin de supports, si pauvres soient ces derniers. L'imagerie séduit ce que les Byzantins appelaient les iconodoules. Et pourtant, dans certaines religions, pas forcément islamiques, tout de passe sans la moindre figuration. Il était bien sûr impossible de faire le tour de toutes les questions. «L'Imprévisible» a cependant su trouver de séduisants détours.

Pratique

«L'Imprévisible, numéro 3», Olga Editions, 17, rue de Pâquis, Genève, site www.olga-editions.ch

Affiche censurée en 2003 à la demande du Conseil suisse de Evêques. Dommage! Photo DR

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