Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La réfection du Bâtiment d'art Contemporain genevois est cette fois bien partie

Le projet de 2011 avait avorté. Celui de 2021 prévoit un financement majoritairement privé. Il a fallu reloger deux institutions. Fin des travaux en 2025?

Le bâtiment côté cour. Il faudra aménager cette dernière sans tuer l'arbre.

Crédits: DR.

Nous étions tous venus. Et pour cause! La conférence de presse pour la «Rénovation du Bâtiment d’art contemporain» (ou BAC) se tenait en «présentiel». Une heureuse diversion. C’était le bal masqué avant le Carême, qui commencera pour l’Église catholique le 17 février pour se terminer le 3 avril. Dans sa version laïque, la CP représentait aussi une heureuse diversion avant de se retrouver chez soi. Vaut-il mieux mourir de maladie ou d’ennui? Notez qu’en ce mardi 9 février, la Ville et les institutions partenaires avaient pris un double risque. Bien sûr distantes entre elles, nos chaises reposaient sur des plots de bois industriels chargés de substances toxiques. Ces vénérables blocs disparaîtront du reste durant la réfection, prévue entre 2023 et 2025. Pourquoi ne pas les vendre aux enchères afin de garnir la cagnotte de la part du financement réservée aux privés? Vingt-cinq millions sur quarante. Pour le moment, il n’y aurait, si j’ai bien compris, que dix millions venant d’un mécène. Lui aussi masqué, mais sans que la Covid y soit cette fois pour rien.

Mais commençons par le début. La presse était convoquée pour une information globale. Sans café ni croissants. On ne sait jamais. «Le croissant qui tue», cela ferait pourtant une belle manchette de journal! Il y avait derrière la table le magistrat Sami Kanaan. Une Michèle Freigburghaus entamant sa dernière année à la tête du Fonds Municipal d’art contemporain (FMAC). Philippe Bertherat, le président de la Fondation du Mamco. Le seul en cravate. Plus Pierre Gillioz, qui vient de prendre la présidence du Centre d’Art Contemporain (CAC). Le centre de la Photographie (CPG), autre partie prenante au projet, restait dans la salle en la personne de Jörg Bader, qui devrait lui aussi se retirer à la fin de l’année. La chose sentait-elle la relégation? Apparemment pas. Créée en 1984, l’institution se verra relogée dans le BAC, non sans avoir beaucoup cogité jusqu’en 2023. «Elle questionnera les pratiques d’individuation de la photographie ainsi que de la pertinence et la pérennité d’institutions qui lui sont exclusivement dédiée.» Autant dire que le CPG risque au passage de scier la branche sur laquelle il est déjà mal assis.

Accord préalable entre usagers

Que va-t-il se passer? Je vous résume ce prélude, vu qu’il y a encore bien quelques actes à venir. Le BAC a besoin d’une rénovation et d’un assainissement. Pour tout dire, il avait ouvert en 1994 à mi-chantier. D’où le côté sympathique, mais vétuste, de lieux sans hydrométrie, climatisation, sécurité et tutti quanti. Au MAMCO comme au Musée d’art et d’histoire (MAH), on gèle à l’ancienne l’hiver pour crever de chaud en été. Ce n’est pas bon pour les gens, et encore moins pour les œuvres. Impossible de montrer de l’art moderne couvé par leurs propriétaires dans ce qui forme tout de même un Musée d’art moderne et contemporain! Il y a déjà eu un beau projet en janvier 2011, assorti d’un crédit d’étude de 2,4 millions. Mais il avait été glissé sous le tapis «en raisons des priorités opérées par le Conseil Administratif en matière d’investissements». Le plan s’est vu relancé en 2018. Il a fallu mettre d’accord tous les acteurs en ménageant leurs susceptibilités. Autant refaire le Congrès de Vienne, qui avait redessiné la carte de l’Europe en 1815!

A l’arrivée se trouve ainsi une intention à 40 millions, dont quinze à la charge de la Ville. Le site se verra dépollué. L’«enveloppe thermique» (j’aime bien l’expression) sera ramenée, après des décennies d’excès, à une moyenne acceptable. L’aspect patrimonial du bâtiment demeurera préservé, même sans les pavés de bois d’origine. Comme l’a souligné Sami Kanaan, les usines désaffectées ne restent légion au centre de Genève. Il y aura bien sûr deux sacrifiés. Mais Michèle Freiburghaus s’est vue mieux traitée qu’Iphigénie chez Homère. Non seulement elle restera en vie, mais elle obtient des locaux tout aussi grands pour le FMAC au Carré Vert. Comme ils sont à l’étage, la directrice n’aura rien à craindre des infiltrations du Rhône. L’autre «perdant» reste lui sans visage. Il s’agit du «Commun», dont la vocation culturelle m’a jusqu’ici paru bringuebalante. Le «Commun» ira de l’autre côté de l’ex-SIP (ou Société des Instruments de Physique). Il faut encore là un petit «oui» des propriétaires, mais ils appartiennent au domaine public.

En parallèle avec le MAH

Evidemment, tout cela va prendre du temps. A la fin de l’année, un concours permettra de désigner un mandataire. Ce dernier retroussera alors ses manches. Il en sortira (pas des manches, mais du mandataire!) une esquisse, qui se verra exposée. Cela peut supposer des votes et, puisque nous sommes à Genève, un référendum. Les travaux eux-mêmes devraient durer deux ans au minimum, avec fermeture au public (notez que le public commence à avoir l’habitude, des fermetures!). Il faudra une solution provisoire. Lionel Bovier a pris langue auprès de son congénère Marc-Olivier Wahler (le directeur du MAH) pour disposer du Musée Rath. La réouverture se ferait à l’horizon 2025. Autant dire qu’il s’agit là de musique d’avenir, mais ici d’avenir radieux.

Une question fuse dans la salle. La bonne. Cette fermeture ne risquerait-elle pas de coïncider avec celle du MAH, aujourd’hui prévue pour durer dix ans? Apparemment pas. Au MAH, comme vous le savez, tout va plus lentement. On en arriverait en ce moment à la fin du cahier des charges pour les participants au concours d’architecture. Ce dernier doit ensuite se dérouler. Viendront ensuite des crédits d’études et de faisabilité. Comptez sur deux ou trois oppositions. Un référendum probablement, avec une belle affiche signée Exem. Le temps de vider les lieux. Plus les impondérables, qui pèsent si lourd à Genève. Il faudra remplacer Marc-Olivier Wahler, aujourd’hui déjà solidement quinquagénaire. Le magistrat aura sans doute changé. Le MAH, ce sera donc pour plus tard. L’horizon se situe ici autour de 2032. Je sais, c’est loin. Pour maintenir une pression constante, il faudra fournir un gros effort.

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