Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La préhistoire japonaise séduit Paris avec les céramiques de l'époque "Jômon"

La Maison de la culture du Japon propose pour la seconde fois en vingt ans un panorama d'une époque ayant duré de - 11 000 à - 400 avant notre ère. La virtuosité des potiers surprend les visiteurs. Ils découvrent un monde dont on ne sait presque rien.

L'affiche de l'exposition avec deux des pièces vedettes.

Crédits: Maison de la culture du Japon, Paris 2018.

C'est une magnifique exposition. Il ne reste hélas plus que deux jours pour la voir. Il n'y a pas un, mais deux problèmes avec «Japonismes». D'une part cette «France à l'heure du Japon» souffre de décalage horaire. Il y a des mois de distance entre la première et la dernière manifestation de son programme d'expositions (1). De l'autre, les Japonais n'aiment pas prêter longtemps. Je vous l'ai déjà dit à propos des peintures de Jakuchû au Petit Palais, confiées quatre semaines seulement par la famille impériale. Je le répète aujourd'hui à l'occasion de «Jômon». Un mot signifiant «cordages». On ne peut pas dire que la céramique, surtout aussi restaurée, soit fragile. Alors pourquoi la Maison de la Culture du Japon ne laisse-t-elle en place ces pots et des figurines millénaires que du 17 octobre au 8 décembre?

La période «Jômon» a duré plus de dix mille ans. Elle correspond en gros à notre néolithique. Les spécialistes distinguent du coup une infinité d'époques différentes, avec des styles correspondants. Tout part du «Jômon naissant», qui débute vers 11 000 avant Jésus-Christ, pour se terminer en compagnie du «Jômon final» quatre cent ans (je ne sait jamais s'il faut ici mettre un «s» ou pas à cent) avant notre ère. L'archipel entre alors dans l'époque Yayoi, qui fascine visiblement moins les foules (2). Si c'est la seconde manifestation organisée par la Maison japonaise de Paris en vingt ans sous le titre de «Jômon», je n'ai jamais rien vu de présenté sous la vocable exclusif de Yayoi. Ni du reste sur la période Kofun qui a suivi. Il y a comme cela des oubliés. Question de mode, peut-être. C'est pourtant beau, la céramique kofun!

Idoles féminines aux formes amples

Quelque 20 000 objets de la période jômon ont été découverts sur une aire assez large. Les visiteurs en voient une centaine. Il s'agit de leur offrir une typologie, avec bien sûr quelques chefs-d’œuvre comme il se doit classés «trésor national» ou «bien culturel important». Les réalisations les plus spectaculaires, et par ailleurs les plus grandes, remontent au Jômon moyen, soit entre 3000 et 2000 av. J.-C. Il semble permis d'y voir la période baroque, voire Art Nouveau d'un style autrement plutôt sobre. La Maison peut présenter quelques pièces évoquant les fontes d'Hector Guimard, coulées pour le métro parisien quelques millénaires plus tard. C'est tout en courbes, avec des parties ajourées. La qualité de réalisation impressionne. Comme frappent un peu plus loin d'énormes haches polies dans la pierre. Surtout quand on sait que ladite pierre a été extraite à des centaines de kilomètres du lieu où les archéologues modernes ont trouvé ces objets.

Comme de bien entendu, beaucoup d'utilisations et de motivations restent purement conjoncturelles. Nous demeurons dans la préhistoire. Il y a cependant là nombre de statuettes répondant à l'esthétique des figures aux larges formes féminines que l'on retrouve alors partout, de la Roumanie à la Grèce. Je viens de vous parler d'actuelle exposition «Idoles» à Venise. Ce sont bien là des figures de fécondité. Une incarnation de la beauté sans doute aussi. Le catalogue parle ici, non sans audaces géographiques et théologiques, de «Vénus». Il se trouve aussi dans les vitrines de petits masques, à l'objectif peu clair. Les disques de terre cuite aux motifs sophistiqués proposés juste à côté se révèlent en revanche d'un usage évident. Ce sont de boucles d'oreille, ou plutôt des «plugs» comme on dit dans le «bodmod». Il faudrait vraiment que je puisse les essayer un jour.

(1) Le programme complet, spectacles et régions compris, compte 160 pages!
(2) Certaines expositions sur le Japon font le plein. La plus courue me semble «Meiji» au Musée Guimet. Ici, les places sont chères.

Pratique

«Jômon, Naissance de l'art dans le Japon préhistorique», Maison de la culture du Japon, 101bis, quai Branly, Paris, jusqu'au 8 décembre. Tél. 00331 44 37 95 00, site www.mcjp.fr Ouvert du mardi au samedi de 12h à 20h.

P.S. Un certain nombre de lecteurs m'ont demandé comment accéder aux articles anciens de cette chronique, le site n'indiquant de manière claire que les sept dernières contributions avec ma photo. C'est très simple. Il suffit de cliquer sur mon nom en faut de l'article. La liste apparaît alors, en allant du plus récent au plus ancien.



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