Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La police grecque met la main sur un marbre antique d'une "qualité exceptionnelle"

La statue mutilée date du Ve siècle avant J.-C. Elle provient d'une fouille clandestine, sans doute dans Athènes. Elle pourrait provenir de l'Acropole.

Une image (peu flatteuse) de la sculpture.

Crédits: Youtube.

Tout est mal qui finit bien. La police grecque est parvenue à récupérer un précieux marbre sculpté après une enquête-infiltration de plusieurs mois. Il s’agissait de mettre la main sur une sculpture fragmentaire découverte de manière illicite. Comme souvent, les policiers se sont fait passer pour des acheteurs potentiels. Ils sont ainsi arrivés chez un marchand marron de Corinthe, qui vendait ce trésor archéologique 100 000 euros. Cela dit, le prix ne semble pas si élevé que cela…

L’histoire tourne en boucle dans les médias internationaux depuis l’annonce officielles de la Grèce, le 17 mars. Je l’ai même lue dans un quotidien indien. Anglophone, tout de même. Il s’agit au départ toujours du même texte d’agence, avec peu d’informations complémentaires. L’œuvre représente un nu masculin allongé. Elle ne mesure que trente-sept centimètres de haut. Il manque au malheureux sa tête, ses bras et une portion de ses jambes. Les pilleurs ont en plus abîmé une de ses épaules. La gauche. Ces gens se révèlent pourtant souvent aussi bien équipés, sinon mieux, que des professionnels. Tout indique, dans le triangle formé par l’œuvre, que la sculpture ait orné le coin gauche d’un fronton. La qualité est parfaite. «Il s’agit là d’une pièce exceptionnelle qu’on ne trouve pas facilement, même lors de fouilles systématiques», a déclaré l’archéologue Dimitris Sourlas lors que la présentation du marbre aux journalistes.

Grande rareté

Reste maintenant à savoir d’où le morceau mutilé provient. D’Athènes même, sans doute. Les spécialistes imaginent même que la statue ait un jour pu figurer sur l’Acropole. Elle reflète en effet parfaitement le style du Ve avant Jésus-Christ. Le «siècle d’or» de la statuaire grecque antique. Il faudrait maintenant savoir précisément où la pièce a été trouvée, afin de savoir si d’autre vestiges ont subsisté.

Il faut préciser que les sculptures attiques du Ve siècle demeurent d’une insigne rareté. La plupart ont été pillées non pas au XIXe siècle, mais dès l’époque romaine. Beaucoup ont ensuite transité par Constantinople. C’est là qu’elles ont disparu tout au long d’un millénaire. L’incendie de la nouvelle capitale sous Justinien au VIe siècle, la prise de la ville par les Croisés en 1204 ont créé d’irréparables ravages. Beaucoup de marbres passant pour dater du Ve siècle ont de plus été déclassés comme copies romaines à la fin du XXe siècle. Ils vont de la «Suppliante Barberini» du Louvre au «trône» encore archaïque du Palazzo Altemps de Rome. Ce dernier serait même un faux récent selon l’expert Federico Zeri. Même l’authenticité de l’«Hermès» de Praxitèle, supposé du IVe siècle, s’est parfois vue mise en doute à Olympie. Mais n’allez surtout pas le dire à Grec! Vous subiriez des foudres qui seraient celles de Zeus.

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