Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Monnaie de Paris présente Kiki Smith avant de fermer ses portes en février 2020

Le lieu avait rouvert restauré en septembre 2017. Il a proposé depuis de luxueuses rétrospectives de stars de l'art contemporain. Mais le public n'a pas assez fidèlement suivi.

L'une des oeuvres de Kiki dans la grand salon néo-classique.

Crédits: Martin Argyoglo, La Monnaie, Paris 2019.

Spéciale dernière. Kiki Smith clôt en ce moment le cycle d'expositions d'art contemporain initiées à La Monnaie de Paris. Réhabilité durant plusieurs années, puis rouvert à l'automne 2017, ce lieu magique a consacré d'importantes rétrospectives à des gens très divers. Plutôt des têtes d'affiches. Il s'agissait de faire venir le public là où il n'avait pas l'habitude d'aller. Le parcours comprenait d'ailleurs en général des pièces monumentales dans les cours dessinées au XVIIIe siècle par l'architecte Jacques-Denis Antoine. Les Parisiens ont aussi bien pu voir ici un important ensemble de l'Allemand Thomas Schütte que les casseroles accumulées par l'Indien Suboth Gupta. Les sculptures hyper-réalistes de l'Italien Maurizio Cattelan comme les extravagances de l'Anglais Grayson Perry. La programmation se voulait très internationale. Plus audacieuse que Beaubourg (notez que là, ce n'est pas très difficile). Moins pointue que le Palais de Tokyo (qui donne volontiers dans les «collectives»). Je vous parlé en son temps de tout cela.

Kiki Smith. Photo DR.

Aujourd'hui, avec l'Américaine Chiara, dite Kiki Smith, le programmateur Marc Schwartz jette l'éponge. Pas assez de visiteurs pour des manifestations en général très coûteuses, même si de grandes galeries (Kiki est représentée par Pace) aidaient à faire bouillir la marmite. L'avenir du lieu, équipé comme il se doit d'un chef étoilé en la personne de Guy Savoy, apparaît du coup très incertain. Il faut dire qu'il existe maintenant trop d'endroits consacrés à l'art actuel dans la capitale française, où des fondations s'ouvrent à tout de bras. Vuitton a un temps monopolisé les projecteurs. Pinault s'apprête à faire de même l'été prochain dans l'ex-Bourse du Commerce. Mais qui va par exemple régulièrement à la Fondation Anticipations des Galeries Lafayette dans le Marais? Ou au Plateau, situé dans le 19arrondissement? Une chose qui n'empêche pas la Fondation Giacometti de déjà vouloir s'agrandir. C'est moins l'argent qui manque aujourd'hui que le public. Etrange paradoxe.

La fille de Tony Smith

Dernière élue, Kiki Smith occupe donc les lieux jusqu'au 9 février 2020. Dans le domaine de la sculpture, jusqu'ici favorisé par La Monnaie, c'est une vedette mondiale, reconnue comme telle par la Biennale de Venise en 2017 (1). Née par un hasard de la vie à Nuremberg en 1954, l'Américaine est la fille de Tony Smith (et d'une chanteuse d'opéra). L'un des pionniers du minimalisme après avoir été l'assistant de l'architecte Frank Lloyd Wright. Kiki a beaucoup travaillé la gravure a ses débuts. Elle a passé au tri-dimensionnel à la fin des années 1970. La chose ne l'empêche pas en ce moment de se passionner pour la tapisserie, découverte avec «L'Apocalypse d'Angers». Un art jugé très féminin, comme tout ce qui touche au textile. Mais il faut voir là une réappropriation. Une bonne part de la création de Kiki tourne autour de thèmes féministes. La violence domestique. Le sida. La relecture des contes de fées. La réhabilitation des sorcières. Il y a ainsi à La Monnaie, sur un bûcher, une figure de condamnée. L'artiste s'étonne qu'il n'y ait pas davantage de statues pour rappeler l'hécatombe de pseudo déviantes dans les siècles passés.

L'actuelle exposition, comme celles qui l'ont précédées du reste, se veut très éclectique. Tout d'abord,il s'agit de refléter un parcours entamé il y a plus de quarante ans. Kiki utilise ensuite des matières diverses. Elle vont du papier au bronze, en passant par la porcelaine. Il y a une graduation entre la figuration pure et une demi abstraction. Et une dernière allant du corps humain, souvent représenté couché, et le cosmos. Le cosmos... Autant dire que l'artiste voit grand, sans avoir peur de reprendre des thèmes classiques allant du Petit Chaperon rouge à Sainte Geneviève en passant par la Vierge Marie ou le Magicien d'Oz. Un univers souvent lié à l'enfance. Avec ce que cela comporte d'animaux. L'artiste se prend parfois à rêver d'une harmonie entre les différentes espèces et leur environnement naturel. Une forme d'utopie écologiste. Il y a effectivement quelque chose d'apaisé chez Kiki Smith. Le petit guide d'accompagnement parle d'ailleurs d'«un oeuvre généreux, qui s'ouvre à tous.» Reste que La Monnaie, elle, ferme.

(1) J'ai tout de même noté que la première grande exposition européenne de Kiki avait eu lieu en 1990 au CAC (ou Centre d'art contemporain) de Genève.

Pratique

«Kiki Smith», La Monnaie, 11 quai de Conti, Paris, jusqu'au 9 février 2020. Tél. 00331 40 46 57 57, site www.monnaiedeparis.fr Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, le mercredi jusqu'à 21h.

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