Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Milanaise Cecilia Alemani dirigera la Biennale des beaux-arts de Venise en 2021

Paolo Baratta vient d'annoncer ce choix. Il intervient seize mois avant la manifestation. Il semble loin le temps où le malheureux élu devait tout bâcler en une saison.

Cecilia Alemani. Elle vient de la Tate et du MoMA.

Crédits: Liz Ligon, DPA, La Biennale de Venise.

On ne peut pas rester rivé tous les jours à son poste. J’ai donc manqué hier la nomination de Cecilia Alemani pour la Biennale de Venise 2021. Vous savez sans doute déjà que cette Milanaise de 42 ans succédera ainsi à Ralph Rugoff, dont l’édition de 2019 s’est terminée fin novembre sur un succès public pas tout à fait mérité. 593 616 visiteurs. L’Anglo-américain avait déçu. Du moins moi.

Cecilia n’est pas la première femme à la tête de la Biennale des beaux-arts. Plusieurs noms ont émergé depuis 2005, qui avait vu l’élection parallèle (il y avait deux expositions) des Espagnoles María de Coral et de Rosa Martínez. 2017 a ainsi été l’année de la Française Christine Macel. Il y a même eu une Suissesse en charge avec Bice Curiger. C’était en 2011. Bice et Christine avaient un joli CV avant d’arriver à l’Arsenale et aux Giardini. Il en va de même avec l’actuelle directrice. On l’a aussi bien connue à la Tate Modern de Londres qu’au MoMA. Elle avait déjà tâté le terrain de la Biennale. En 2017, elle avait ainsi organisé un Pavillon italien pour une fois réussi. Il s’intitulait «Mondo magico» et présentait trois artistes seulement. Mais en grand. J’en conserve un souvenir ébloui.

Un contexte lourd

Deux choses font réfléchir après la nomination annoncée le 10 janvier à la presse par Paolo Baratta, l’homme qui a su donner à la Biennale son envergure actuelle depuis 1998. L’Arsenale (cinq hectares!) n’était en effet pas utilisé avant son arrivée. La première se révèle négative. L’homme explique volontiers que la manifestation se situe dans un «contexte italien lourd» et sur «une scène politique internationale préoccupante». C’est vrai, bien sûr. Mais je n’ai jamais entendu dire, en un demi siècle, que le climat italien était léger comme l’air et le monde aussi enchanté qu’un spectacle pour enfants de Chantal Goya. La sinistrose est le lot des intellectuels qui doivent bien justifier leurs rôle de penseurs.

"Il Mondo magico" en 2017. Photo Biennale de Venise.

L’autre chose se révèle nettement plus positive. La nomination intervient plus d’un an (seize mois en fait) avant une traditionnelle ouverture en mai. En 2020, c’est en effet l’architecture qui se retrouvera en vedette. Il n’en a pas toujours été ici. Loin de là. Il y a dix ans, la désignation intervenait si tard que le commissaire avait moins de six mois pour la conception et la réalisation d’une Biennale. Celle-ci n’avait pas toujours l’air bâclée pour autant. Un miracle. Mais ça, c’est aussi (et pour le meilleur, cette fois) l’Italie.

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