Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La maison d'enchères Galartis finit à l'Office de poursuite du Canton de Vaud

Il y a eu faillite en février 2019. Des clients ont porté diverses plaintes pénales pour "infractions contre le patrimoine". Il y a aussi des défauts de paiement. Edifiant!

Je suis tombé sur l’article par hasard sur le site de «24 Heures». Florence Millioud Henriques a enquêté sur la lamentable fin de Galartis SA, une maison de ventes aux enchères installé à Crissier en bordure d’autoroute. J’avoue ne jamais m’y être rendu. Mais je connaissais la maison par ses catalogues… et de réputation. Pas terrible, cette dernière! Je ne me doutais pourtant pas que la maison finirait l’an dernier par une faillite retentissante, dont je vous avais du reste parlé, et que l’affaire prendrait un tour judiciaire. Plusieurs clients impayés, ou ayant confié des œuvres jamais restituées, ont en effet porté plainte pour «infraction contre le patrimoine». Certaines de ces actions auraient cependant été retirées depuis. C’est cher, long et fatigant la Justice!

Galartis, qui a organisé jusqu’à dix ventes par an (quatre à Crissier, quatre à Genève et deux dans les stations de montagne), était né en 2010 d’une association bizarre. La Lausannoise Catherine Niederhauser, qui n’était vu son âge de loin pas une débutante, se liait avec le Sédunois Pierre-Alain Crétenand de la Galerie du Rhône. La dite Galerie procédait déjà à des vacations à Martigny. Il semblerait que des vendeurs aient alors déjà eu des difficultés à se faire payer par le Valaisan (là, c’est moi qui rajoute). Partis en 2010 d’un dépôt-vente, les compères ont vite vu grand. Ils recherchaient des coups, lançant la première vente publique suisse de «street art» ou proposant «l’unique peinture réalisée par Jimi Hendrix» (1). Tout ne trouvait pas preneur. D’où un désordre physique des objets, que nul n’arrivait plus à retrouver. D’où surtout des comptes embrouillés. Dans «24 heures», une des personnes interrogées par Florence Millioud Henriques affirme que le produit d’une vente servait à payer les arriérés de la précédente. Quant aux employés de Galartis, qui auraient été jusqu’à quinze, ils ne voyaient que rarement leurs gages versés…(2)

Un trou de plusieurs millions

Après divers cahots, Galartis a donc «fait sa cupesse» comme on disait jadis en Suisse romande, en février 2019. Faillite. Le mot figurait même en gros sur son site (aujourd’hui vide, j'ai regardé). Reste que les langues ne s’étaient pas encore déliées face à une Florence Millioud Henriques promue confesseuse. Parce qu’on en apprend de belles autour de cette banqueroute qui aurait entraîné un «trou» estimé entre deux et cinq millions de francs! Il est question au fil des entretiens de «désordre administratif», d’«inventaires laissés à l’abandon», de «gestion calamiteuse» et de «mégalomanie». Et surtout d’un fouillis d’oeuvres dont plus personne ne connaît les tenants et aboutissants. L’article cite des exemples de choses sans liens entre elles égaillées un peu partout. Cela tient de l’inventaire à la Prévert. L’ensemble (2000 lots) n’a finalement pas été dispersé à la criée. Ou en ligne. L’Office des poursuites du Canton de Vaud a préféré les appels d’offres sur son site. La chose a d’ailleurs permis à certains propriétaires lésés de retrouver leur bien. J’arrive hélas trop tard pour vous le dire. C’est fini depuis le 11 décembre.

La journaliste fait au détour d’une phrase allusion à une affaire semblable située «dans les années 1990». Elle ne donne pas le nom du coupable, sans doute par prudence. Ayant échappé à la prison physique en dépit d’une condamnation pénale, le Neuchâtelois en question a refait plusieurs fois surface, notamment en association avec des maisons françaises. Florence ne cite en revanche pas le problème plus récent avec un Genevois, dont je vous avais aussi parlé en mettant de multiples couches de papier de soie autour de mes mains par délicatesse. Ce monsieur, par ailleurs charmant, ne payait pas davantage qu’il ne rendait les invendus de ses ventes. Tiens! Il a même travaillé un temps avec Galartis... Un suicide spectaculaire avait ici mis fin à son histoire. The End.

(1) Je me souviens aussi d'avoir vu là un important dessin (parfaitement authentique!) de Nicolas Poussin. Comme quoi...
(2) Galartis a même lésé un prêteur sur gages (interrogé par 24 Heures) qui n'a jamais revu son argent.

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