Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La Maison de la Culture du Japon propose à Paris le Foujita des années noires

Après le Musée Maillol, voici une autre exposition sur l'artiste. Elle n'est plus vouée au "Montparno", mais au peintre officiel d'un Japon en guerre. Il y a aussi celui, plus pacifique, des années 50 et 60.

L'exaltation guerrière des années 1940. Un Foujita inattendu et inquiétant.

Crédits: Succession Foujita, ADAGP, Maison de la Culture du Japon, Paris 2019.

Surabondante, l'Année japonaise a Paris a largement débordé sur 2019. Le Guimet aura offert plusieurs expositions à la queue leu leu. Branly propose sous le signe de l'extra-européen un «Fendre l'air» dont je vous parlerai bientôt. Le MAD prolonge ses «Japonismes» jusqu'au 3 mars, c'est à dire aujourd'hui. Il semblait du coup normal que la Maison de la Culture du Japon, située au pied de la Tour Eiffel, enfile les événements comme les perles d'un collier. Il programme Foujita jusqu'au 16 mars.

Vous me direz que Foujita, l'animateur des beaux soirs du Montparnasse des années 1920 on connaît. Le Musée Maillol a dédié l'an dernier une rétrospective du peintre, mort à Zurich en 1968, alors qu'il avait 82 ans. Seulement voilà! L'institution privée ne nous disait pas tout. Elle se contentait pudiquement des années d'avant-guerre. Or l'artiste, fils de militaire, est rentré dans son pays au mauvais moment. Quand il y est revenu en 1933, le pays était déjà dans sa phase de délires nationalistes. Il était devenu expansionniste et entendait annexer rien moins que la Chine. Puis ce fut Pearl Harbour en 1941. Le conflit contre les Alliés aux côtés de l'Allemagne, avec laquelle l'empire semblait fait pour s'entendre. Les exactions et les camps nippons n'ont rien eu à envier aux nazis.

Procès pour crimes de guerre

Durant cette période, Foujita a peint. Il s'est même vu incorporé en octobre 1938 afin de soutenir de son pinceau l'effort de guerre. Il a été sur le front en Chine, réalisant de grandes compositions des combats. Il a bien essayé son retour en Europe. Mais 1940 l'a renvoyé à sa case départ. Il a donc participé dès 1941 aux expositions de propagande, donnant de la «peinture d'histoire» sur le modèle occidental. Après guerre, il connaîtra du coup des ennuis avec les autorités occupantes. Un procès lui sera fait en 1946 pour crimes de guerre. Il se verra innocenté en 1947, mais il lui faudra trouver des cieux plus cléments. Foujita quittera le Japon avec sa nouvelle épouse (et future veuve) en 1949 grâce à un... visa américain. Ce sera le début d'une nouvelle carrière aux Etats-Unis puis, très vite, en France. Elle se placera sous le signe d'une figuration bien dans sa manière, mais désormais tournée vers le catholicisme. Monsieur et Madame Foujita vont se convertir en 1959.

C'est cette seconde mi-temps (avec quelques retours en arrière) que propose aujourd'hui la Maison de la Culture du Japon. Avec un surprenant succès de public, je dois le dire. Il y a là les grandes batailles des années 1940, séquestrées par la Américains mais rendues par eux sous forme de prêts à Tokyo. Puis des composition plus pacifiques. Elles renouent avec la veine des années 1920, érotisme en moins. C'est un monde serein, un peu enfantin. Les qualités de dessinateur du maître n'ont pas disparu, loin de là. La ligne l'emporte toujours sur une couleur d'aquarelle. C'est élégant. Un brin maniéré. Souvent charmeur. Et puis il y a les compositions religieuses, pour lesquelles la Maison se contente que ce que j'appellerai un minimum syndical. La suite sacrée, ce sera peut-être pour une autre foi(s).

Pratique

«Foujita, Œuvres d'une vie», Maison de la Culture du Japon, 101bis, quai Branly, Paris, jusqu'au 16 mars. Tél. 00331 44 37 95 00, site www.mcjp.fr Ouvert du mardi au samedi de 12h à 20h.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."